Théâtre: Le Sang des Amis de Jean-Marie Piemme, mise en scène de Jean Boillot, à L'Aquarium

http://www.theatredelaquarium.com/spectacles/a-l-aquarium/article/le-sang-des-amis

 

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Commençons par le commencement. Le texte est un vrai texte de théâtre, fourmillant, vif, intelligent, malin, d'une grande diversité, et même ponctué de divertissements. Les comédiens sont justes, drôles, fous, généreux, jouant sur des registres multiples, passant du grave au rire, de la folie au désespoir, de la tendresse à la cruauté, de l'excès à banalité. La mise en scène est d'une précision extrême, simple, rigoureuse, mais pleine de liberté, d'inventions et de propositions. La musique s'impose sans être imposée, les bruitages déroutants ou cocasses, jamais forcés.

 

 

Au commencement, on ne sait trop à quoi s'attendre. L'histoire romaine (un peu oubliée), Shakespeare (pas les pièces les plus connues ou les plus jouées, on nous annonce une "fresque théâtrale et sonore", un théâtre politique, un théâtre du politique, en écho avec l'actualité, un théâtre récit, certes et alors?

 

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Au commencement, il y a César, Jules César (comme dirait Bond), dictateur adulé, jouissant de son pouvoir et de sa réussite, se croyant aimé de tous, amis compris. Totalement détaché du peuple, de ses aspirations. Inconscient de la haine qu'il suscite et pas seulement chez ses rivaux. Aveuglement.

 

 

Alors, il y a Brutus, l'homme qui aime les livres et qui rêve vertus, en politique et dans la vie. Idéaliste calme obligé d'agir. Utopiste prêt à tuer et à mourir. Absolu.

 

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Et puis, il y a l'amour, Antoine et Cléopâtre,amants fougueux, oublieux du reste jusqu’à ce que..... Brutus et Portia portés par la même passion du juste, et il y a les amis trahis et traîtres, ceux dont le sang sera répandu.

 

Après il y a Octave, l'Empereur Auguste, le faiseur d'Empire qui a besoin d'Antoine pour tuer la République souhaitée par Brutus mais doit l'éliminer pour que l'Empire soit l'Empire.

 

Au commencement, il y a Shakespeare, dont les deux pièces, Jules César et Antoine et Cléopâtre, ont inspiré l'auteur, Jean-Marie Piemme. Plutarque aussi et même Racine.

 

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Au commencement, il y a un chroniqueur, un journaliste radio, un commentateur, dans son petit studio aux parois de verre surplombant la scène. Sur scène, devant un mur façon columbarium avec tiroirs et bouquets desséchés ils sont là, les morts, les puissants et les sans gloire, ceux qui tiennent le devant de la scène et ceux qui n'y font que passer. Exit Pompée, exit César, exit Brutus, exit Cicéron, exit...les rideaux de scène qui masquent les sorties coté jardin passent des couleurs tendres et printanières au bleu et vert glacé des fleuves et des lacs (....). Les morts jouent leur vie, avec passion et avec haine. Ni fantômes, ni zombies, aussi humains qu'au premier jour, ils sortent de l'histoire pour la raconter, avec la jubilation qui convient à leur grandeur et à leurs démons. Un couple de comiques troupiers ajoute la note de dérision et d'absurde qui vient percer l'oubli et le temps écoulé.

 

Et à la fin, on est épaté.

Photos: Virginia Castro.

 

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