Quelques infos sur le kyôgen en cliquant ci-dessus, mais il suffit peut-être de dire que les spectateurs enthousiastes s'amusent beaucoup et qu'une fois de plus, la curiosité est bien récompensée. Soyons donc à l'affût de prochaines rencontres....
Deux petites pièces, Boshibari (un maître aux prises avec ses deux valets voleurs de saké) et Kusabira (l'invasion d'étranges champignons) permettaient de prendre la mesure de ce théâtre populaire avant l'entracte (et la possibilité de se restaurer "à la japonaise" dans la bonne humeur et la bousculade comme c'est toujours le cas au Soleil).
Après ces mises en bouche, Mashigai no Kyôgen ou Le Kyôgen des erreurs (La comédie des erreurs) faisait figure de plat de résistance.. Des personnages enveloppés dans de longs manteaux noirs (j'ai cru qu'une dame en burka m'avait piqué ma place) parcouraient les rangées en se moquant des spectateurs, en essayant de leur voler leurs vêtements ou en se disputant entre eux, marmonnant des "ya ya" qui devenaient peu à peu "ya ya koshi ya", "que c'est compliqué". L'adaptation est à la fois fidèle à Shakespeare et au Kyôgen. Le spectacle a d'ailleurs été joué au Globe, à londres, en 2001.
Pas besoin d'avoir la moindre connaissance des pratiques théâtrales au Japon, le spectateur occidental est d'emblée à son aise aussi bien dans les deux premières pièces que dans la suivante. Des maîtres floués par leurs valets, des créatures bizarres et surnaturelles, des charlatans ridiculisés, des quiproquos, des sosies et des jumeaux, on en connaît des tripotées. Tout est simple même si les mimiques, la gestuelle, les contorsions, les démarches (irrésistibles pour les champignons) le ton des voix, les chants demandent aux comédiens des performances considérables.
On se régale de bout en bout, les gags se succèdent, le rythme est tout en glissé-sauté, les entrées et les sorties parfaitement réglées. Jamais le Japon ne nous a paru si proche.