Comme chaque été, place au théâtre pendant deux mois au château de Madame de Grignan, la fille bien aimée de Madame de Sévigné. Un seul spectacle du 26 juin au 22 août, Quand le diable s'en mêle d'après trois pièces de Georges Feydeau, adaptées et mises en scènes par Didier Bezace, Léonie est en avance, Feu la mère de Madame et On purge bébé.
Place à la Comédie donc et le public s'amuse de bon coeur.
C'est d'ailleurs une des réussites des Nuits nocturnes (30 000 spectateurs, chaque année) que son public. On vient en famille, entre amis, en amoureux. Et on participe avec enthousiasme.
Didier Bezace, l'ancien directeur du Théâtre de la Commune (Aubervilliers) et lui-même fin comédien, réussit à faire de ces textes, forcément grivois, voire un peu vulgaires, un vrai théâtre populaire au sens le plus simple.
Oui, on rit. Oui, parfois c'est bête, mais on rit quand même. Oui mais...
Peu à peu, comme une piqûre de moustique, ça gratte! Car ce que fait ressortir le metteur en scène, c'est aussi cette petite bourgeoisie absurde, capricieuse, mesquine, égoïste qui ressemble à tout le monde.
Alors, oui, on rit, mais peut-être aussi parce que l'on y reconnaît sa voisine ou son voisin , à défaut de soi-même.
On se gausse de la pauvre domestique que ses patrons ne laissent pas dormir. On rit des petites tromperies et des déboires conjugaux, de cet ennui qui gagne les amants, de ces messieurs avec leurs petites ambitions (le marché du pot de chambre incassable), de ces dames qui se morfondent ou n'ont plus le temps de s'habiller.
C'est un rire sans méchanceté, mais un rire malin. Car la grande trouvaille de Didier Bezace, c'est d'avoir choisi comme agent de liaison, le Malin en personne (Philippe Bérodot).
Le voilà en Madame Virtuel la sage-femme revêche, en Joseph, le valet de chambre porteur de mauvaises nouvelles et finalement en Toto, le petit garçon qui refuse de prendre sa purge.
Il tourmente, il asticote, il provoque les catastrophes et s'en réjouit en bon diable qu'il est. Et astuce suprême, il nous prend à témoin et met les rieurs de son côté. Mais ne serait-ce pas Feydeau lui-même?
Tous les comédiens sont épatants, changent de rôles, d'accents et de costumes, voire de sexe avec souplesse, énergie et vivacité
Pour tout décor, à part la façade du château, un étonnant plateau incliné imaginé par Jean Hass qui comme les comédiens change de rôle, bureau, lit conjugal, meible à tiroirs et chausse trappes qui souffle le souffre .
Photos Nathalie Hervieux
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