Sixième épisode : du 7 juin au 16 juin 1968

Comment accepter de perdre ce qui s’était répandu sur la France entière, en peu de jours, ce souffle qui avait rendu la vie légère, aérienne, loin des « eaux glacées du calcul égoïste », et qui refluait aussi, comme une vague qui se retire, et qui laisse la vie d’avant revenir

Vendredi 7 juin,
Flins toujours, des étudiants arrêtés sur le chemin de l’usine Renault, d’autres qui ont réussi à passer les barrages policiers et se sont joint aux ouvriers pour empêcher la reprise du travail, des combats, dit-on, qui opposent des étudiants et des ouvriers aux CRS et aux gendarmes mobiles, des blessés, de la population qui soutient les manifestants. Malgré ces informations et bien que tu juges les directions syndicales traîtres à la grève, tu n’envisages nullement d’aller à Flins, ces expéditions te déplaisent, tu n’apprécies pas leur côté commando, et là-bas, tu aurais l’impression de donner des leçons aux ouvriers, de te substituer à eux, de décider à leur place de ce qu’il faut faire ou ne pas faire.

 Samedi  8 juin,
soirée passée dans un café avec d’autres, étudiants et assistants, ressassant ce qui avait occupé l’AG de philo du même jour, non pas l’espèce de guérilla qui continue à se dérouler dans la campagne normande, ni la grève qui se poursuit ici ou là, ni l’occupation du siège du syndicat national des instituteurs par des adhérents hostiles au mot d’ordre de reprise du travail lancé par leur organisation, mais un événement qui vous a tous bouleversés bien davantage, la lettre anonyme et antisémite reçue le matin même par Janké.

Quand tu en as appris l’existence, tu as été abasourdie. Depuis que tu milites, tu n’es pas hostile aux règlements de compte politiques, à condition qu’ils se jouent autour de ce que les gens pensent et font, non sur ce qu’ils sont. C’est pourquoi les allusions antisémites faites à l’égard de Cohn Bendit, par la droite mais aussi par les communistes, t’avaient scandalisée. Mais qu’une attaque de cette nature puisse être menée contre un homme chassé de l’Université par le régime de Vichy et que, vingt-trois ans après la défaite du nazisme, après l’horreur des camps d’extermination, il puisse encore être stigmatisé pour sa judéité, cela te laisse stupéfait. A vingt ans, tu découvres, oui, pour toi, c’est une découverte, que les leçons de l’histoire ne comptent pas, pas plus que ne pèsent les condamnations morales et politiques. Janké  paye-t-il, maintenant que le vent a tourné, son engagement aux côtés des étudiants, sa rupture affichée avec la plupart de ses collègues, d’une sordide missive anonyme ? Personne, dans l’AG de philo, n’en a douté. Et vous vous êtes donc retrouvés à plusieurs, à  L‘Escholier, pour rédiger une motion ronronnante, sans imagination et vaine, qui condamne l’antisémitisme, affirme la solidarité de l’AG de philo avec Janké, salue son engagement dans les luttes des étudiants et des ouvriers. Geste dérisoire...

 Lundi 10 juin,
alors que tu traînes à Censier, c’est à ton père que tu penses, ton père qui, ce matin, a repris le travail. La veille, au cours du déjeuner du dimanche, tu t’es encore engueulée avec lui. A la Préméca, le kidnapping des pièces a marché et le patron a fini par céder, rien de plus que la stricte application des accords de Grenelle, mais puisque au début, il les refusait, ton père estime avoir remporté une victoire.

Trois semaines de grève et qu’a-t-il gagné ? Le droit d’être syndiqué et une augmentation de salaire qui va lui permettre de ne plus travailler le samedi matin, à condition qu’il continue à faire ses onze heures quotidiennes du lundi au vendredi. A conquis aussi une sorte de dignité, dans cette lutte collective, dans ce geste inédit pour lui, de rébellion. Sans doute est-ce son gain le plus important. Cependant tu n’as pas pu t’empêcher de lui faire remarquer la maigreur du bilan. « On ne sera jamais les plus forts » a-t-il répondu. « Les plus forts, vous l’étiez, mais les syndicats vous ont trahis, ils n’ont jamais voulu de cette grève, ils ont tout fait pour qu’elle s’arrête ». « Mais qu’est-ce-que tu croyais, que ça allait être la révolution, que la classe ouvrière allait prendre le pouvoir ? De toute façon, gauche, droite, c’est pareil, ce sont toujours les mêmes qui trinquent ». « Et alors, t’en as pas marre de trinquer ? T’as pas envie que ça change? Tu crois pas que les patrons vivent de ta résignation, de cette idée qu’on ne peut pas modifier l’organisation injuste de la société, qu’il faut l’accepter. Quant à la gauche, où t’as vu que je la soutenais ? On n’a pas cessé de se battre aussi contre elle ! ».

 Ton père qui a repris le travail et dont tu peux décrire la journée, tu peux la décrire heure par heure, lever à 6 heures, usine à 7, perspective de onze heures debout devant sa machine, tu le vois dans sa blouse marron, avec son béret sur la tête, hiver comme été, à l’usine, il le porte ce béret, pour se protéger de la limaille de fer qui vole de tous côtés, tu le vois dans le bruit des machines, dans les gestes mille fois répétés, dans la fatigue qui, vers trois, quatre heures de l’après-midi, va lui tordre le dos, dans l’effort qu’il doit déployer pour tenir jusqu’au soir. Qu’est-ce qui a vraiment changé pour lui ? Pour ainsi dire rien.

 Tu as envie de crier, de hurler, de cogner, sentiment que tu éprouves aussi quand tu apprends par la radio la mort de Gilles Tautin. Tu n’as guère débordé d’enthousiasme pour les expéditions maoïstes à Flins, mais la fin de ce jeune lycéen de 17 ans te bouleverse. Certes, les gendarmes mobiles ne l’ont pas tué. Pas directement. Mais enfin, s’ils ne l’avaient pas poursuivi, il ne se serait pas jeté dans la Seine pour leur échapper et il ne se serait pas noyé. Pourtant tu ne bouges pas, tu te contentes de suivre à la radio le récit des échauffourées qui, jusque tard dans la nuit, opposent au Quartier latin manifestants et policiers.

 Mardi 11 juin,
AG à Censier, la mort du jeune homme et la répression policière qui s’est exercée à Flins occupent les esprits, et l’analyse en est vite faite, les deux attestent de la volonté du pouvoir de liquider, par n’importe quel moyen, les grèves qui continuent dans de nombreuses usines. Après, c’est aux derniers bastions que représentent les facs qu’il s’en prendra. Et d’ailleurs, n’y prépare-t-on pas déjà l’opinion ?

Ne faut-il pas considérer l’article de Bertrand Girod de l’Ain dans Le Monde comme un appel à la répression, quand il compare la Sorbonne à un « bateau ivre », quand il décrit la fac livrée à des anciens mercenaires, à des trafics de morphine, de LSD et de hachisch ? Il faut réagir. Mais de quelle manière ? Le rassemblement que l’UNEF organise le soir même devant la gare de l’Est contre « une politique générale de répression visant les éléments les plus combatifs du mouvement, qu’ils soient travailleurs ou étudiants » est-il une riposte adéquate ? Des bruits circulent : les flics sont en train de quadriller Paris, ils arrêtent les jeunes, il sera difficile d’atteindre la gare de l’Est, il faut partir le plus tôt possible, il faut quitter les facs en cortèges... Manifestation inutile, tu le sais. Mais comment ne pas y participer ?

 Tu quittes Censier avec les autres, tu marches jusqu’au Châtelet, tu remontes le boulevard Sébastopol, à l’approche de la rue Réaumur, les flics sont là, mur de casques, de boucliers, de matraques qui bloque le passage. Très vite l’info circule, impossible d’atteindre la gare de l’Est, faut se rendre à la gare Saint-Lazare. Mais par où passer ? Quel chemin prendre ?  Par les petites rues, mais non, flics de tous côtés, étudiants croisés qui te racontent que la police procède à des arrestations massives, tu finis par abandonner, tu ne tentes même pas de te diriger vers Saint-Lazare, tu repars vers les grands boulevards, désorientée, tu ne sais plus ce que tu dois faire ni même pourquoi tu es là, affolée, dans les rues de Paris. Pour manifester ? Pour dénoncer la répression ?

 Mercredi 12 juin,
comité d’action de philo, bilan de la nuit, manifestations ici ou là, barricades à la gare du Nord, rue des Saints Pères, à la Contrescarpe, à Montparnasse, 1 500 interpellations, « ça ne sert plus à rien, tout est fini, il faut en prendre acte », dit quelqu’un, tu sais que ce quelqu’un a raison mais tu ne veux pas l’admettre, tu rétorques que tu t’en fous, qu’il y a encore un million de grévistes, qu’après Gilles Tautin à Flins, c’est un ouvrier qui a été tué à Sochaux, qu’on ne peut tout de même pas rester sans réagir, et tant pis si tout le monde est contre eux, le gouvernement, les syndicats, la presse, la télé…

Comment accepter de perdre ce qui s’était répandu sur la France entière, en peu de jours, ce souffle qui avait rendu la vie légère, aérienne, loin des « eaux glacées du calcul égoïste », et qui refluait aussi, comme une vague qui se retire, et qui laisse la vie d’avant revenir

 Jeudi 13 juin,
un à un, les théâtres parisiens ont réouvert leurs portes, le gouvernement interdit toute manifestation sur la voie publique et dissout cinq groupes gauchistes : la Fédération des étudiants révolutionnaires, la Jeunesse communiste révolutionnaire, le Mouvement du 22 mars, Voix ouvrière, l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes.

Le PCF peut se féliciter d’avoir été entendu, lui qui, la veille, dénonçait dans l’Humanité « les provocations des groupes ultra-gauchistes - soutenus par le PSU - se réclamant du maoïsme, de l’anarchisme ou du trotskisme », et les « aventuriers », les « personnages troubles », les « renégats » qui peuplent leurs rangs ».

 A Censier, on continue. On se bat encore. Pour quoi, tu ne le sais plus. Contre quoi, tu crois le savoir. Puisque c’est foutu, autant empêcher, le plus longtemps possible, la reprise des cours, l’organisation des examens et surtout le bon fonctionnement des structures que les réformistes de tout poil mettent en place, telle cette commission centrale de coordination et d’études, la CCCE, nouvellement créée et chargée d’élaborer une réforme des structures de la faculté des lettres et des sciences.

Pour l’AG de philo, aucun doute, cette CCCE est une manœuvre du pouvoir qui, en s’appuyant sur certaines forces prétendument de gauche, vise à construire une Université moderne et technocratique. Mais comment faire échouer une telle tentative ? En boycottant la commission ou en y participant pour en freiner l’activité ?

 Pour une fois, l’AG prend rapidement une décision, optant pour l’envoi de délégués chargés d’observer et surtout de ralentir les travaux de cette commission, d’en informer systématiquement les étudiants, de les alerter sur le danger de tel ou tel projet. Ces délégués, révocables à tout moment, seront élus par l’AG entière et par un seul collège.

Comme lors de la première élection du comité de grève, ce principe soulève l’opposition des enseignants. Par ailleurs la plupart sont favorables à la participation à cette commission parce qu’elle va travailler à réformer l’université. Mais toi, tu t’en fiches, de réforme de l’université française.

A ce moment-là, pour toi, l’important, c’était avant tout de contester, paralyser, renverser. Il fallait d’abord détruire avant de reconstruire, sûrement pas aménager, améliorer l’existant. Au fil des années, tu as changé, tu n’es pas devenue plus raisonnable, ni moins en révolte, attitude qui ne t’a jamais quittée, mais tu es plus soucieuse du moment présent, du fait que les gens n’avaient qu’une vie, plus consciente aussi que la destruction n’était pas forcément un préalable, qu’elle n’était pas forcément créatrice, si bien que tu étais plus attentive au sens et à l’idée de faire. Par conséquent sans doute encore plus incapable que dans ta jeunesse de supporter la différence entre les choses dites et les choses faites, de se contenter de grandes déclarations, de grands discours, mais bien au chaud, dans des colloques, des revues, des manifestations sans risque.

En 68, pour toi faire, c’était dire non. Tu as continué à penser ainsi mais tu en as tiré d’autres conséquences. Et puisque tu ne pouvais plus faire l’Histoire, même plus en avoir l’illusion, ta manière de dire non consistait désormais à faire de petites choses, infinitésimales, une goutte d’eau, mais à effet immédiat, ici et maintenant, tandis que tu étais, dans le même mouvement, passée à une vision plus concrète, plus proche de la réalité humaine.

Dans les années soixante et même après, tes engagements étaient surtout d’ordre idéologique ou au nom de grands principes, ils relevaient d’abord du choix du camp. Quand tu manifestais contre la guerre du Vietnam, par exemple, tu manifestais contre l’impérialisme, pour soutenir la lutte du peuple vietnamien, mais la souffrance de ce peuple, ce que des femmes, des hommes, des enfants vivaient, subissaient chaque jour et chaque heure, tu n’y songeais pas vraiment. Cette souffrance restait abstraite, et même cette souffrance et ces femmes, ces hommes, ces enfants, d’une certaine façon, vous les preniez en otage, vous en faisiez des enjeux de débats, de polémiques, de tribunes, de divergences, de désaccords, de campagnes électorales, de positions, tout ce qu’on voudra, mais ils demeuraient abstraits, sans corps, sans visage, sans chair.

Peu à peu, la perception de la souffrance, du malheur du monde t’est devenue plus précise, plus charnelle. Est-ce à cause de l’abondance sans cesse croissante des images ? Est-ce parce que les visages, les corps meurtris, les enfants mourant de faim ou de maladies étaient devenus des images quotidiennement ou presque diffusées par les chaines de télévision ? Ou est-ce que les déceptions idéologiques et politiques avaient ouvert un autre espace, permis une autre vision, une proximité plus grande avec les êtres et leur souffrance ? Ou est-ce tout simplement le fait que tu as vieilli ?

Comme durant ton adolescence, tu as continué pendant des années à recopier des phrases, ainsi cette citation de Vie et destin : « C’est ainsi  qu’il existe, à côté de ce grand bien si terrible, la bonté humaine dans la vie de tous les jours. C’est la bonté d’une vieille, qui, sur le bord de la route, donne un morceau de pain à un bagnard qui passe, c’est la bonté d’un soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé, la bonté de la jeunesse qui a pitié de la vieillesse, la bonté d’un paysan qui cache dans sa grande un vieillard juif. C’est la bonté de ces gardiens de prison, qui, risquant leur propre liberté, transmettent des lettres de détenus adressées aux femmes et aux mères. Cette bonté privée d’un individu à l’égard d’un autre individu est une bonté sans témoins, une petite bonté sans idéologie. On pourrait la qualifier de bonté sans pensée. La bonté des hommes hors du bien religieux ou social ».

De cette phrase de Vassili Grossman il y a quelques décennies, tu te serais moquée, tu aurais ironisé sur cette petite bonté sans idéologie, sans pensée, tu n’y aurais pas prêté attention, tu n’aurais même pas su la lire…

 Vendredi 14 juin,
le théâtre de l’Odéon est évacué par la police, trois autres organisations révolutionnaires sont dissoutes, le Parti communiste marxiste-léniniste, le Parti communiste internationaliste, l’Organisation communiste internationaliste. Mais les chefs de l’OAS Raoul Salan, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et Antoine Argoud condamné à mort par contumace en juillet 1961 puis à la réclusion à perpétuité, sont libérés et Georges Bidault, compagnon de la libération, Grand-croix de la légion d’honneur, successeur aussi de Salan à la tête de l’OAS, est autorisé à rentrer en France.

 La presse exhorte, c’est ainsi que tu la lis, le gouvernement à faire rentrer les étudiants dans le rang. Après l’article de Bertrand Girod de l’Ain dans Le Monde, c’est en effet Raymond Aron qui, dans Le Figaro, déplore que les facultés restent occupées « alors que les ouvriers ont presque tous repris le travail », c’est La Croix qui s’en prend « aux quelques centaines d’étudiants révolutionnaires qui font la loi à l’Université », c’est Paris-Presse qui appelle à la suppression « des îlots insurrectionnels dans les facultés ».

Selon toi, tous d’accord, tous ligués.

 Samedi 15 juin,
tu es sur le boulevard Berthier, tu vois le cortège arriver de loin, signalé par le grand portrait du jeune homme, Gilles Tautin, qui précède le corbillard. Maintenant il est à ta hauteur et tu regardes passer la famille, puis un groupe d’ouvriers de Renault, puis les élèves du lycée Mallarmé qu’il fréquentait, tu te mêles à la foule qui s’avance sur le boulevard, emprunte l’avenue de la porte de Clichy, enfin celle, plus étroite, du cimetière des Batignolles.

Toi aussi, poing levé, tu entonnes le Chant des survivants dont on disait qu’il était le chant préféré de Lénine : « La terre ton lit de parade, Un tertre sans fleur et sans croix, Ta seule oraison camarade, Vengeance, vengeance pour toi, pour toi ».

Tu reprends le Chant des Martyrs : « Vous êtes tombés pour tous ceux qui ont faim, Tous ceux qu’on méprise et qu’on opprime, De votre pitié pour vos frères humains, Martyrs et victimes sublimes ».
Puis, comme en défi à l’hélicoptère qui bourdonne au-dessus du cimetière, c’est l’Internationale qui s’élève. Mais pour le garçon de dix-sept ans dont le cercueil, peu à peu, se recouvre de roses rouges, la lutte s’est à jamais finie dans une eau froide et boueuse, un soir de printemps.

Tu restes plantée à l’entrée du cimetière, tu prends le tract que les prochinois distribuent et qui exhorte à suivre « l’instruction du grand guide de la révolution mondiale, le camarade Mao Tsé-Toung : servir le peuple ». En toi-même tu juges que ce sont des cons dangereux mais tu n’as pas l’énergie de débattre avec eux, obsédée et abattue par la perspective annoncée, la reprise des facs par la police d’un jour à l’autre. Aujourd’hui ? Demain ?

 Dimanche 16 juin,
tu es chez toi quand à trois heures, la radio annonce que les flics sont entrés à la Sorbonne. Malgré tous les indices des jours précédents, tu es atterrée. Selon le speaker, les besoins d’une enquête - un type aurait reçu, la nuit dernière, un coup de couteau dans l’enceinte de la faculté - justifieraient cette intervention policière. « Comme s’ils avaient besoin d’un prétexte », penses-tu en te précipitant au Quartier latin.

La Sorbonne, complètement encerclée par la police, est inaccessible. Un mélange de badauds et de manifestants barre le boulevard Saint-Michel. On chante L’Internationale, on crie « ce n’est qu’un début, continuons le combat! ». Soudain, un mot d’ordre se met à circuler: « il faut aller à Censier, s’y installer pour que les flics n’y viennent pas ! ».

Sous la pluie, tu reprends ton chemin habituel, tant de fois parcouru, qui te mène à Censier.

 Ça ressemble à une veillée. Alertés par la radio, par le téléphone, des étudiants, des enseignants, ne cessent d’affluer. On s’assoit, on discute dans les couloirs, les amphis, on se groupe autour des transistors, on s’affole de l’arrivée imminente des flics, non c’est une fausse alerte, on part acheter des sandwichs, on revient, on bavarde, on s’ennuie, on rigole, on esquisse des tracts qu’on remet au lendemain, on fait des brouillons de motions pour les AG futures, mais on a compris : les facs vont tomber les unes après les autres.

 

 

 

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