Qu’est-il advenu de l’État gaulliste et de l’intérêt général?

Ce 15 mars, l’ensemble des organisations syndicales se mobilise contre la hausse de la contribution sociale généralisée pour certains retraités, quand dans le même temps, les plus riches bénéficient de la suppression de l’ISF. Un sujet qui suscite une levée de boucliers depuis son entrée en vigueur au début de l’année. Et qui interroge sur la position des États face aux intérêts des puissants.

Politique. La hausse de la CSG, mise en perspective avec la fin de l’ISF pour les plus riches et les récentes révélations sur la hausse considérable des revenus des 1% des plus riches, remet sur la table la question des intérêts que sert l’État. Quels intérêts, et surtout, au profit de qui ?

L’accumulation excessive d’argent dans les strates supérieures de la société est l’une des caractérisations de notre époque. Récemment, le classement Forbes nous apprend que la France compte désormais 88 milliardaires pesant à eux seuls 570 milliards d’euros, contre 11 milliardaires pesant 80 milliards d’euros il y a 20 ans. Alors que la baisse des revenus des gens ordinaires est allée de pair avec cette hausse.

Aucune coïncidence, mais un lien de cause à effet avec la libéralisation des flux financiers et l’ouverture des échanges dès 1990, faisant émerger un accroissement des inégalités sans précédent, tant économiques que sociales.

Un État relégué au rang d’État de classe

Dans tout ça, l’État a été relégué au rang d’État de classe, expression pleine et entière de la classe dominante, contrôlé de toute pièce par un système financier capitaliste ; tandis que l’État gaulliste, héritier de l’État social d’après-guerre, agissait au nom de l’intérêt général et se consacrait à gérer une croissance pour tous. Ils sont bien dupes, ceux qui croient encore que l’État est en guerre contre « les marchés financiers », ceux qui ont cru au discours du Bourget de François Hollande. Les propos de la domination de la finance sur la politique sont vieux comme la lune, puisqu’ils émanaient déjà de la bouche de François Mitterrand qui reconnaissait sa défaite face à cet adversaire qui n’a pas de parti, pas de nom, pas de visage.     

Car la guerre entre les États et la finance n’existe pas et s’avère on ne peut plus absurde dans les conjonctures actuelles. Les riches ont pris peu ou prou le contrôle des États, en témoigne le parcours d’une écrasante majorité de ceux qui les composent : haute administration, passés par Bruxelles ou les grandes multinationales américaines, et désormais les gouvernements. Tout ceci est une seule et même caste, contrôlant tant les marchés que les États. Il ne s’agit pas d’avoir un raisonnement révolutionnariste face à ce constat : il ne faut pas chasser les élites mais parvenir à réunir celles qui sont raisonnées et qui n’appartiennent pas à l’oligarchie. À cette oligarchie, qui est le pouvoir du petit nombre, préférons l’aristocratie, qui est le pouvoir des meilleurs.

En France, l’État gaulliste a précédé l’État des créanciers. Un État endetté est un État qui permet aux riches de sécuriser leur argent, de le capitaliser et de le faire fructifier. Ce sont les choix fiscaux absurdes menés depuis plusieurs décennies qui ont causé la mort de l’intérêt général et de la croissance pour tous, puisqu’ils ont conduit les États à se jeter dans les bras des ultrariches. Ceux-ci ont bénéficié et continuent de bénéficier de baisses considérables de leurs impôts pour leur permettre de prêter à l’État les ressources dont il s’était privé. Tout ceci est habilement maquillé par la stratégie communication d’Emmanuel Macron qui prétend pouvoir relancer l’emploi et redynamiser la croissance. Mais c’est le serpent qui se mord la queue, et pour tout dire, un cercle infernal.

Cette démonstration se concrétise par les Banques centrales, comme la Banque centrale européenne de Francfort. L’État s’est privé de fabriquer sa propre monnaie, se rendant poings et pieds liés auprès des intérêts supranationaux des plus riches et des banquiers. Les Français sont ainsi ponctionnés chaque année de 250 milliards d’euros (parmi lesquels, environ 50 milliards d’euros d’intérêts) pour nourrir des gens débordant déjà d’argent, via la TVA et les hausses d'impôts. 

La seule réponse que pourrait apporter la France pour se défaire de ce pacte avec le diable financier serait d’instaurer un protectionnisme économique intelligent, mais sans concession. Retrouver des frontières économiques sont les conditions sine qua non à cet acte libérateur qui relancera indéniablement l’économie. Il faut également se rendre à l’évidence : les dettes souveraines ne seront jamais remboursées, c’est pourquoi la France doit massivement nationaliser les banques et faire défaut sur dette. Cet acte courageux aura pour conséquence d’engager une grande redistribution qui libérera les énergies et recomposera l’Europe sous un nouveau jour : une Europe où les intérêts financiers se seront éteints et laisseront place à l’intérêt des peuples souverains.

De là renaîtra un État héritier de l’État gaulliste, soucieux de garantir l’intérêt général et la croissance pour tous.  

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