La grande absente du sommet "Tech for good" à l'Elysée : l'écologie

Le sommet "Tech for good" a réuni la quasi-totalité des représentants des acteurs du numérique dans le monde. Beaucoup de communication, mais peu de problèmes soulevés, notamment démocratiques et écologiques. Pendant ce temps, des chercheurs alertent : d'ici 2023, ce sera la fin d'Internet ou la fin de la planète.

Politique. En voulant faire de la France une "startup nation" et déclarer l'augmentation de la croissance par la productivité comme l'enjeu de son quinquennat, et "en même temps" donner des leçons au président américain sur les enjeux écologiques en annonçant qu'il "n'y a pas de planète B", Emmanuel Macron n'est plus à une contradiction près. Tant que son équipe de communication est derrière pour projeter les écrans de fumée venant masquer les incohérences d'un tel discours, il peut se prêter à l'exercice du discours bicéphale. D'un côté : Macron avec la casquette de l'entrepreneur libéral peu scrupuleux de l'impact de la production humaine sur l'environnement, et de l'autre, Macron avec la casquette écologiste qui s'offusque qu'un traité ait été abandonné (une simple signature sur un morceau de papier). 

 

Hier soir, Macron recevait les grands représentants des grosses entreprises du numérique : Google, Facebook, Amazon, Microsoft, Booking.com, etc. Avec, comme idée clef que ces boites aux milliards de dividendes paient leurs impôts en France et soient des créateurs d'emplois pour la France. Louable, certes, même si l'on sait pertinemment que ces paroles auront peu d'impact sur des entreprises qui représentent à elles-seules l'équivalent du PIB l'Allemagne (quatrième puissance mondiale, tout de même) en capitalisation boursière. Les commentateurs analysent cela comme une volonté du président de réguler la concurrence du numérique en offrant des opportunités aux TPE et PME et de dynamiser l'emploi. Sans voir l'autre côté de la barrière : la grande absence du discours écologique sur les enjeux du numérique. 

 

"D'ici 2023, ce sera soit la fin d'Internet, soit la fin de notre planète", le Royaume-Uni tire la sonnette d'alarme

 

Le numérique suscite pourtant du côté des chercheurs et des ONG des inquiétudes de plus en plus prégnantes : au-delà des enjeux démocratiques, les enjeux écologiques sont plus que critiques. Certaines ONG, notamment Greenpeace, tirent la sonnette d'alarmes sur la pollution numérique que produisent tant l'utilisation d'internet que la consommation d'électricité employée par les géants du numérique pour conserver les milliards de tétra-données dans le monde. Il existe aujourd'hui trois milliards d'internautes, soit deux fois qu'il y a dix ans. Le décuplement des outils, notamment les data-servers et les ordinateurs de plus en plus puissants pour pouvoir réguler les milliards de flux de données qui circulent chaque jour dans le monde, draine progressivement mais de façon exponentielle la consommation des énergies dans le monde. 

 

Le livre choc d'Andrew Ellis, professeur à l'université d'Aston, a réveillé l'Etat britannique. "Si nous ne trouvons pas de solutions alternatives, d'ici 2023, ce sera soit la fin d'Internet, soit la fin de notre planète" déclare-t-il ainsi au Télégram. Seul à avoir réellement appréhendé les enjeux écologiques liés au numérique, le Royaume-Uni réunit des experts du monde entier au Royal Society de Londres afin d'analyser la situation et trouver des solutions pour éviter le fameux "capacity crunch" tant redouté par de nombreux spécialistes, qui conduirait purement et simplement à l'une des plus grandes catastrophes économiques et sociétales des dernière décennies. Pendant ce temps ? Macron élude la question, si tant est qu'il l'ait vraiment acquise, et se contente de donner un repas avec ceux qui pourraient bientôt être tenus comme premiers responsables de cette catastrophe.

 

La menace n'est pourtant pas si lointaine, elle s'envisage dans une perspective n'excédant pas les dix ans. Or, l'opinion publique européenne n'est majoritairement pas avertie de cette situation, pas même certains hauts représentants de la politique et de l'action numérique. Cette situation pourrait survenir comme un couperet pour un grand nombre d'individus composant la société modernisée. Pourquoi cette discrétion et le peu de réaction ? Il convient aujourd'hui de vraiment avertir, informer, sensibiliser et saisir les organisations étatiques mondiales pour pallier les risques à venir sur notre planète et sur notre société. Les enjeux s'avèrent bien trop grands pour avoir été (volontairement ou non) éludés lors de ce "Tech for Good", réunion qui s'avérait pourtant essentielle pour commencer à réfléchir avec les premiers acteurs dans le domaine.

 

À nouveau, Macron a préféré la communication en oubliant le fond du sujet. 

 

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