Notre-Dame aura sa « flèche Macron »

Emmanuel Macron voudrait entrer dans l’Histoire comme le successeur de Viollet-le-Duc. C'est plutôt le fossoyeur de l’État de droit que les historiens retiendront.

Le 17 avril, le gouvernement a décidé de nommer un « Monsieur reconstruction », en la personne du général Jean-Louis Georgelin, ancien chef d'état-major des Armées. Le sabre au chevet du goupillon, en quelque sorte.

Une semaine plus tard, un projet de loi intitulé « Restauration et conservation de la cathédrale de Notre-Dame de Paris et institution d'une souscription nationale » a été présenté en Conseil des ministres.

Ce texte prévoit de porter de 66% à 75% la réduction d’impôt pour les dons effectués pour la reconstruction du monument, jusqu’à 1000 €. Les nombreuses associations d’aide aux personnes (telles que la Fondation Abbé Pierre, Médecins du Monde, etc…) qui ont vu le montant des dons baisser en 2018 à cause de la suppression de l’ISF, seront donc à nouveau pénalisées en 2019 par cette disposition. Sous la présidence de M. Macron, les monuments ont droit à bien plus d’égards que les « gens qui ne sont rien ».

De plus, ce projet de loi permettra de passer outre certaines obligations en matière de marchés publics et de lois de protection du patrimoine. « L'objectif étant, à chaque fois, d'accélérer le chantier. » a précisé Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement.

Les dérogations en matière de marchés publics ont sans doute pour objet de récompenser rapidement quelques amis du Prince, sans trop s’embarrasser de ces procédures qui freinent « le business ». La reconstruction doit être achevée pour l’inauguration des JO de 2024, car « tel notre bon plaisir. »

Quant aux dérogations aux lois de protection du patrimoine, M. Macron y voit sans doute un moyen de laisser sa marque dans l’histoire en imposant ses choix architecturaux. Pompidou et Chirac ont eu leur musée, Mitterrand sa pyramide du Louvre, M. Macron veut donc sa flèche sur le toit de Notre-Dame. Il y a bien un millier de grincheux qui ont publié une tribune dans le Figaro dans laquelle ils appellent le président de la République à éviter la « précipitation » et à ne pas s’affranchir des règles de protection du patrimoine. Ces experts d’un autre âge n’ont décidément rien compris à la « start-up nation ».

Pourtant, M. Macron ne devrait pas se soucier de sa postérité. Elle est en effet assurée : il entrera dans l’Histoire comme le président qui aura porté gravement atteinte aux libertés publiques (liberté de manifester, liberté de la presse) et qui aura ordonné une répression policière d’une violence jamais atteinte depuis la fin de la guerre d’Algérie.

Sa place dans l’Histoire sera celle du fossoyeur de l’État de droit en France.

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