Laissez faire, laissez polluer

La célèbre formule de Vincent de Gournay méritait d’être « modernisée » pour reprendre la terminologie en vogue. C’est chose faite.

L’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen est le plus grave accident industriel survenu en France depuis l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en 2001. La gestion de cette crise par les autorités (Préfecture, Municipalité de Rouen, Agence Régionale de Santé et Rectorat) et par les ministres qui se sont déplacés est digne de celle de Tchernobyl par l’Union Soviétique.

Depuis jeudi, le préfet et les ministres s’attachent à minimiser les conséquences sanitaires et environnementales de cette catastrophe. « Respirez, il n’y a rien à craindre », tel est le mot d’ordre. Incompétence ? Incurie ? Sans aucun doute mais pas seulement. Car s’il y a une constante dans la politique de ce gouvernement, c’est bien d’être exclusivement au service des grandes entreprises, en tout temps et en tous lieux.

En témoignent les dispositions la loi du 10 août 2018 (« pour un État au service d'une société de confiance ») relatives aux projets de modifications apportées à des installations classées Seveso (comme Lubrizol). Avant cette loi, l’examen de tels projets relevait dans tous les cas d'une autorité environnementale indépendante. Depuis cette loi, sous couvert de « simplification », c’est de la seule compétence du préfet.

Comme le rapporte le journaliste Laurent Radisson dans cet article d’Actu Environnement, l’usine Lubrizol de Rouen a bénéficié par deux fois de ces dispositions. Le 15 janvier et le 19 juin 2019, cette entreprise a présenté deux demandes successives d'augmentation des quantités de substances dangereuses stockées sur le site de Rouen. Comme le prévoit la loi, c’est donc le préfet de Seine-Maritime qui s'est prononcé sur ces demandes et non l'autorité environnementale indépendante. Et, oh surprise, dans les deux cas, il a considéré qu'il n'y avait pas lieu de procéder à une évaluation environnementale.

Dans le premier cas, c’est le prédécesseur du préfet actuel qui s’est prononcé. Dans le second, c’est l’actuel préfet. Les propos lénifiants tenus par ce dernier depuis la catastrophe démontre qu’il est bien le représentant, non pas d’un « État au service d’une société de confiance » mais d’un État au service des grandes sociétés dans lesquelles il a une confiance aveugle.

Confiance que rien ne saurait remettre en cause. C’est pourquoi deux ministres hors sol et le préfet ont pu s’afficher tout sourire avec le PDG de Lubrizol France au lendemain de la catastrophe.

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