Zineb, Steve, Cédric: les prénoms et les visages oubliés dans les vœux de M. Macron

Dans ses vœux pour l’année 2021, le président de la République, tel un maître d’école primaire, a félicité les bons élèves et a distribué les bons points.

Marie-Corentine, Jean-Luc, Gérald, Lucas, Rosalie, Quentin, Mehdi, Wendie et Mauricette ont été cités par le chef de l’État dans son allocution du 31 décembre 2020. « Tous ces prénoms, ces visages sont ceux de votre sœur, de votre voisin, de vos amis, de ces milliers d’anonymes qui, engagés et solidaires, ont tenu notre pays dans l’épreuve. Tous ces prénoms, ces visages sont ceux de l’espérance. Ceux de France. » a déclaré M. Macron (voir ici).

D’autres prénoms n’ont pas été cités, d’autres visages ont été occultés par le président de la République.

Zineb avait 80 ans. Décédée le 2 décembre 2018, elle avait été touchée la veille au visage par des éclats de grenades lacrymogènes lancées dans son appartement du 4ème étage par une compagnie de CRS qui intervenait contre une manifestation dans les rues de Marseille. Le commissaire qui commandait l’unité de CRS a été décoré le 16 juin 2019 par le ministre de l’Intérieur de la médaille de la sécurité intérieure « destinée à récompenser les services particulièrement honorables, notamment un engagement exceptionnel » (voir ici).

Steve avait 24 ans en juin 2019. Il est mort noyé dans la Loire à Nantes dans la nuit du 21 au 22 juin 2019, après une violente charge de la police ayant pour objet de disperser les derniers participants à la Fête de la musique. Quelques jours plus tôt, le commissaire en charge des opérations cette nuit-là avait lui aussi été décoré par le ministre de l’Intérieur de la médaille de la sécurité intérieure (voir ici).

Cédric avait 42 ans. Le 3 janvier 2020, lors d’une interpellation par la police à Paris, il a eu le larynx fracturé à la suite d’une clé d'étranglement et d’un plaquage ventral. Asphyxié, il a fait un arrêt cardiaque et est décédé 48 heures plus tard. Cédric a été tué mais les policiers mis en cause sont toujours en fonction (voir ici).

Ces prénoms, ces visages et tant d'autres sont ceux de votre sœur, de votre voisin, de vos amis, de ces milliers d’anonymes qui ont subi la répression la plus violente. Tous ces prénoms, ces visages sont ceux de la violence d’État. Ceux de la France de M. Macron.

 © Fred Sochard © Fred Sochard
Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté ce dessin.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.