Cette saisine du CCNE, rapportée aujourd’hui dans un article de La Croix, ne manque pas de soulever de légitimes questions quand on connait la propension de M. Macron et de son gouvernement à saisir tous les prétextes pour s’attaquer aux libertés publiques.
Avant d'en venir au coronavirus, il n'est pas inutile de rappeler ce qu'a fait ce régime depuis plus de deux ans.
Le 30 octobre 2017 était promulguée la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme qui transposait les dispositions de l'état d'urgence dans le droit commun sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Alors que ses promoteurs nous assuraient la main sur le cœur qu’elle serait appliquée exclusivement contre les terroristes, cette loi a été utilisée depuis par les préfets pour interdire des manifestations et autoriser la fouille des manifestants (ou supposés tels) et de leurs véhicules.
Le 30 juillet 2018 était promulguée la loi relative à la protection du secret des affaires, une loi qui menace la liberté d'informer au motif de protéger les entreprises contre la divulgation d'informations stratégiques.
Le 22 décembre 2018 étaient promulguées la loi ordinaire et la loi organique relatives à la manipulation de l’information. Sous couvert de lutter contre la diffusion de prétendues fausses informations, ces lois permettent de nouvelles atteintes à la liberté d'expression en période électorale.
Le 10 avril 2019 était promulguée la loi visant à renforcer et garantir le maintien de l'ordre public lors des manifestations. Sous couvert de lutte contre les « casseurs », cette loi restreint considérablement la liberté de manifester et renforce la répression judiciaire à l’encontre des manifestants.
Dernière en date et en cours d'examen au Parlement, la proposition de loi contre les contenus haineux sur Internet confiera aux grandes plateformes numériques l’obligation de censurer en 24 heures les contenus « manifestement illicites », selon des critères définis par le seul CSA. Cette censure se fera donc sans la moindre intervention d’un juge et sera entièrement sous-traitée à des entreprises privées.
Ces nouvelles « lois scélérates » ont des caractéristiques communes, résumées ainsi par Raphaël Kempf dans son dernier ouvrage Ennemis d’État : « adoptées sous le coup de l’émotion pour gérer une situation exceptionnelle, désignant des ennemis, elles donnent un pouvoir extraordinaire et parfois temporaire à l’État, à la police et au ministère public, avant de se normaliser et de cibler aussi les citoyens ».
Quel rapport avec le coronavirus, me direz-vous ? A priori aucun … si ce n’est que cette consultation du CCNE sur « le lien entre impératifs de santé publique et respect des droits humains fondamentaux » a de quoi intriguer. De la part d’un président de la République qui vient d’autoriser la mise en œuvre du 49-3 sur la réforme des retraites lors d’un Conseil des ministres exceptionnel censé être consacré au coronavirus, on peut en effet s’attendre à tout.
Par exemple, l’interdiction de manifester jusqu’à nouvel ordre (mais rassurez-vous, les centres commerciaux et les stades resteront ouverts). Ou encore, des mesures de contrôle et de surveillance de la population qui pourraient être utilisées à d’autres fins que la lutte contre l’épidémie. Et pourquoi pas, le report des élections municipales qui s’annoncent catastrophiques pour le régime ?