Emmanuel Macron revendique le monopole de la décence légitime

Réchauffement climatique, pandémies, pauvreté, chômage, racisme systémique, violences policières ? Vous n’y êtes pas du tout. Ce sont les vêtements portés par les femmes qui préoccupent au plus haut M. Macron, ses ministres et sa majorité.

Il y a le voile qui « n’est pas souhaitable dans notre société » selon Jean-Michel Blanquer et qui n’est « pas compatible avec les valeurs portées par LREM » selon Stanislas Guérini. Notons que c’est grâce à ce morceau de tissu que nos compatriotes découvrirent (avec incrédulité) que le parti de M. Macron n’était pas uniquement porteur de valeurs mobilières.

M. Blanquer, encore lui, estime que les mères voilées qui accompagnent les enfants lors des sorties scolaires participent de « logiques communautaristes » et de « tendances antirépublicaines ». Quant à Bruno Millienne, député Modem, il entend interdire le port du voile pour les assesseures dans les bureaux de vote. Une fois que cela sera fait, ces messieurs dénonceront avec la même énergie le « séparatisme » des femmes musulmanes qui ne s’impliqueraient pas dans la vie de la société.

Serait-ce donc l’excès d’étoffe qui chiffonne tant les dirigeants de ce pays ? Oui, mais pas uniquement ! Le ministre de l’Éducation nationale, toujours lui, expliquait en septembre dernier à l’intention des collégiennes « qu'on vient à l'école habillé d'une façon républicaine ». Et cette semaine, c’est le chef de l’État lui-même qui a déclaré à propos du crop-top : « Je suis plutôt "tenue décente exigée". » Comme quoi le nombrilisme au dernier degré n’exclut pas la volonté de cacher ce nombril qu'il ne saurait voir, celui des jeunes femmes.

Désormais, dans ce pays, c’est donc le président de la République qui définit ce qui est décent et ce qui ne l’est pas, quelle longueur d'étoffe est légitime et quelle partie du corps des femmes doit être visible ou cachée.

Pour ce qui est de sa conception de la décence, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est à géométrie variable.

Emmanuel Macron à Saint-Martin en septembre 2018. © Eliot Blondet / AFP Emmanuel Macron à Saint-Martin en septembre 2018. © Eliot Blondet / AFP

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