Gilets jaunes et Adama Traoré : une justice à deux vitesses

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » écrivait La Fontaine il y plus de trois siècles.

Mme Belloubet, ministre de la Justice a affirmé dimanche qu'environ deux tiers des 372 personnes placées en garde à vue après les violences commises samedi à Paris seraient déférées devant la justice dès ce lundi.

La ministre a précisé que les magistrats du siège seront présents en nombre plus important pour faire face à l'augmentation du nombre de comparutions immédiates et que 15 parquetiers étaient mobilisés ce dimanche, contre 5 habituellement. Le président de la République « a beaucoup insisté sur la nécessité d'un suivi judiciaire, pour qu'aucun des actes qui a été commis ne reste sans réponse judiciaire », selon le communiqué publié hier par l'Elysée.

Délit commis le samedi, mise en examen le dimanche, comparution immédiate le lundi. Nul doute qu'ils seront condamnés sévèrement dans la foulée. Qui a dit que la justice était lente et laxiste dans ce pays ?

Et pourtant...

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré mourait dans la cour de la gendarmerie de la commune de Persan, après avoir été violemment interpellé par trois gendarmes. Ces derniers ont été entendus pour la première fois les 27 et 28 novembre 2018, soit plus de deux ans après les faits avant d'être placés sous le statut de témoin assisté. Pas d'inquiétude à avoir pour eux, ils n'ont pas été mis en examen et ne seront donc ni jugés ni a fortiori condamnés.

Pour que justice soit rendue dans ce pays, il est préférable d'être une vitrine brisée par un manifestant dans les beaux quartiers qu'un jeune noir  décédé à la suite d'une interpellation par les forces de l'ordre.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.