La France, fille aînée du FMI

Le ministre des Comptes publics a annoncé aujourd’hui la création « d’un groupe de travail composé d'experts pour réfléchir aux pistes de rétablissement des finances publiques ». Heureuse coïncidence, c’est exactement ce qu’avait demandé le FMI deux jours plus tôt.

Dans un rapport qui a été publié le 2 novembre au terme d’une mission en France, le FMI soulignait la nécessité « d’un effort d'assainissement en dépenses (…) pour placer la dette sur une trajectoire descendante ». Et d’ajouter qu’il serait « souhaitable d'en entamer dès à présent la planification afin de définir une trajectoire budgétaire crédible à moyen terme. »

Deux jours plus tard, le ministre des Comptes Publics Olivier Dussopt s’est exécuté en annonçant la création d’un « groupe de travail » qui devra « reconstruire une trajectoire des finances publiques qui soit à la fois crédible dans le temps et solide pour garder notre crédibilité sur les marchés financiers ». Pour rassurer ses donneurs d’ordre, le ministre a fait preuve de la plus grande fermeté : « La dette que nous accumulons sera et doit être remboursée » (voir ici).

Dans sa grande bonté, le FMI a d’ores et déjà défini la feuille de route du comité Théodule de M. Dussopt : « Le plan de rééquilibrage devrait être axé sur des réformes budgétaires structurelles visant à rationaliser les dépenses courantes et à en accroître l'efficience. »

Les électeurs de M. Macron et les donateurs de sa campagne électorale peuvent dormir tranquille. Il n’est pas question d’envisager d’augmenter les recettes par les mesures suivantes :

  • Rétablir l’ISF et supprimer la « flat tax » sur les revenus du capital ;
  • Réduire voire supprimer les dizaines de milliards d’euros d’allègement de cotisations sociales ;
  • Augmenter l’impôt sur les sociétés ;
  • Augmenter le taux marginal de l’impôt sur le revenu et supprimer les niches fiscales favorisant les ménages les plus riches ;
  • S’attaquer sérieusement à la fraude fiscale et à la fraude aux cotisations sociales des entreprises.

En ce qui concerne la « rationalisation des dépenses », j’ai bien quelques idées :

  • fermer encore plus de lits d'hôpitaux ;
  • passer à 50 élèves par classe afin de supprimer des postes d'enseignants ;
  • supprimer les APL ;
  • supprimer les allocations familiales ;
  • supprimer le RSA ;
  • réduire les pensions des retraités ;
  • réduire les remboursements de la Sécurité Sociale ;
  • réduire les allocations de chômage.

Cela devrait suffire pour « placer la dette sur une trajectoire descendante », non ? Le gouvernement a un peu de temps puisque le FMI parle d’une « trajectoire budgétaire crédible à moyen terme ». On pourrait commencer à mettre en œuvre ces mesures à partir de mai 2022 par exemple. D’ici là, inutile d’importuner les Français avec cela. De toute façon, les « gens qui ne sont rien » ne peuvent pas comprendre. Déjà qu'ils ne savent pas mettre un masque !

Pour ce qui est de la composition de la commission, le gouvernement devrait s’entourer des meilleurs experts en « assainissement ». Par exemple : le président du MEDEF, le gouverneur de la Banque de France, le premier président de la Cour des Comptes, un ou deux PDG du CAC40. Sans oublier quelques économistes (orthodoxes, cela va sans dire) afin de donner une caution académique à la potion qu'ils vont concocter.

Un ou deux experts étrangers ayant une expérience dans ce domaine pourraient aussi s'avérer fort utiles. Par exemple : M. Dijsselbloem, ancien président de l’Eurogroup ou M. Draghi, ancien président de la BCE. Tous deux sont un peu sous-employés en ce moment. Ils avaient pourtant fait des merveilles avec la Troïka à Athènes en 2015. Demandez aux Grecs, ils s'en souviennent encore.

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