Violences et racisme dans la police: l’enfer, c’est chez les autres

Le 25 mai dernier, suspecté d’avoir utilisé un faux billet et violemment interpellé par les forces de l'ordre, un homme de couleur noire est mort étouffé après qu’un policier a longuement appuyé son genou sur sa nuque, lui coupant ainsi la respiration alors qu’il était déjà menotté.

La réaction des autorités a été immédiate et exemplaire : dès le lendemain, les quatre policiers impliqués dans la mort de cet homme sont licenciés et la justice ouvre une enquête. Le 29 mai, le policier qui a étouffé la victime est arrêté et placé en garde à vue, puis mis en examen pour meurtre le 3 juin.

Les autorités ont aussi annoncé avoir déposé une plainte pour violation des droits civiques contre le département de police et ouvert une enquête sur ses pratiques. « Les citoyens peuvent s'attendre à ce que notre administration utilise tous les outils à sa disposition pour déconstruire des générations de racisme systémique dans notre État », a assuré le chef de l’exécutif (voir ici).

Dans plusieurs villes du pays, des policiers se sont agenouillés pour exprimer leur condamnation des violences qui ont conduit à la mort de cet homme (voir ici).

La presse française a consacré de très nombreux articles et éditoriaux à cette affaire et aux très nombreuses manifestations qui ont eu lieu dans tout le pays pour dénoncer les violences et le racisme dans la police. « La colère qui embrase les villes (…) trouve ses racines dans la répétition de la violence policière » affirme ainsi Le Monde dans un éditorial du 30 mai. « La communauté noire est plus souvent victime des violences policières (...), en proportion de sa part dans la population » comme le constate le quotidien Les Echos dans un article du 4 juin.

Vous avez bien entendu reconnu dans ce qui précède le récit de l’affaire Adama Traoré (ou de nombreuses autres affaires similaires qui ont eu lieu en France) et des réactions qu'elle a suscitée en France. Vous vous souvenez que les policiers impliqués ont été immédiatement révoqués par le ministre de l'Intérieur, que la justice française les a promptement mis en examen pour meurtre, que les plus hautes autorités de la République ont dénoncé ces actes inqualifiables et que toute la presse française a consacré des pages entières à l’analyse du racisme systémique qui sévit dans la police.

Car ce n’est pas dans notre pays que le chef de l’Etat déclarerait (voir ici) : « Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit. »

Ce n'est pas dans la patrie autoproclamée des Droits de l'homme qu'une personne pourrait être tuée par la police parce que Noire ou Arabe. Rien de tel dans notre beau pays. « Il n’y a pas de race dans la police, pas plus que de racisés ou d’oppresseurs racistes. Il y a des fonctionnaires qui s’engagent pour la liberté, l’égalité et la fraternité et cela au quotidien ! » peut ainsi affirmer le préfet de police Didier Lallement (voir ici).

Ce n'est pas en France que les syndicats de police menaceraient le gouvernement au cas où des sanctions seraient prises contre des policiers auteurs de violences (voir ici)  .

Et, ce n'est pas dans le pays d'Albert Londres que la presse passerait sous silence les violences policières ou bien expliquerait que les décès survenant lors d'interpellations par les forces de l'ordre ou dans les commissariats sont tous dus à de graves pathologies préexistantes chez les victimes.

 © Fred Sochard © Fred Sochard

Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté ce dessin.

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