Un an et 88 300 morts après

C'était il y a un an, jour pour jour. Le 6 mars 2020, le président de la République déclarait à la sortie du théâtre Antoine à Paris : « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie ». Un an et 88 300 morts après...

... les théâtres sont fermés tout comme les musées, les salles de concert et de cinéma. Sur les douze derniers mois, ils sont demeurés fermés plus de la moitié du temps, de même que les restaurants et les bars.

Un an et 88 300 morts après, nos « habitudes de sortie » sont désormais strictement encadrées par des « autorisations dérogatoires de déplacement » et l'on s'expose à une amende en flânant sur les quais de Seine, sur une plage ou dans un parc.

Un an et 88 300 morts après, des libertés aussi fondamentales que la liberté de se déplacer ou de se réunir dans l’espace public demeurent suspendues comme elles l’ont été pendant plus de six mois depuis que « nous sommes en guerre ». D’ici quelques semaines, les lois « Sécurité globale » et « Séparatisme » entreront en vigueur et constitueront une nouvelle et grave atteinte aux libertés publiques. Parce que, pendant l’épidémie, la destruction de l’État de droit continue dans ce pays.

Un an et 88 300 morts après, alors que les licenciements sont de plus en plus fréquents et nombreux, près d’un million de chômeurs vont voir baisser leurs indemnités à partir du 1er juillet 2021. Parce que, pendant l’épidémie, la destruction de la Sécurité Sociale continue dans ce pays.

 © Fred Sochard © Fred Sochard
Un an et 88 300 morts après, le Parlement n’est plus qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises par un seul homme, dans le secret des Conseils de défense. Celui qui s’est trompé depuis le début, sur à peu près tout. Celui qui est responsable du fiasco des masques, de la stratégie de test et d’isolement et de la stratégie de vaccination. Celui qui croit tout savoir, sur tous les sujets, en toutes circonstances et n’écoute plus que lui-même. Parce que, pendant l’épidémie, la destruction de la démocratie continue dans ce pays.

Un an et 88 300 morts après, la vie n'a pas repris et la survie continue.

Dans un tout petit peu plus d’un an (et combien de dizaines de milliers de morts supplémentaires ?), le moment sera venu de chasser ce despote non éclairé de son palais et d'en écarter les Tancredi qui n'ont d'autre projet que de « tout changer pour que rien ne change ».

Pour que la vie puisse reprendre.

Une vie qui ne se limitera plus à travailler et à consommer entre 6h00 et 18h00 mais où l'on pourra se promener à toute heure sans autorisation de la préfecture.

Une vie où il sera possible de manifester son opinion dans la rue sans être fiché et sans risquer d’être mutilé par la police.

Une vie où certains de nos concitoyens ne seront plus discriminés en raison de leur couleur de peau ou de leur religion.

Une vie où les réfugiés seront accueillis dignement et non plus harcelés jour et nuit.

Une vie où chacun pourra vivre de son travail et où « les distinctions sociales ne [pourront] être fondées que sur l'utilité commune ».

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Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté le dessin.

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