Les nostalgiques du 18 brumaire rendent hommage à leur héros

De Marine Le Pen à Eric Zemmour, d’Éric Ciotti à Bruno Retailleau, de Manuel Valls à Arnaud Montebourg, de l’extrême-droite à la droite extrême en passant par la « gauche » de droite et le président de la République, ils sont venus, ils sont tous là.

Voilà donc qu’une grande partie de la classe politique se retrouve aujourd’hui dans la commémoration de la mort d’un général putschiste qui a achevé la République avant de mettre l'Europe à feu et à sang.

Que Marine Le Pen s’exclame « Vive l’Empereur, vive la grandeur » et qu’elle célèbre celui qui « qui fit sortir la France de la terrible déchirure française que fut la Révolution » n’étonnera personne tant l’amour des bruits de bottes et la haine de la Révolution française sont une tradition familiale. On est plus surpris d'entendre Éric Zemmour proclamer que « Napoléon Bonaparte est le plus grand personnage de l'Histoire de France ». Après Pétain, tout de même, non ? Il est vrai que Napoléon n'a pas démérité non plus en matière d'antisémitisme au point d'inspirer le ministre de l'Intérieur dans sa chasse aux musulmans (voir ici).

Plus intéressant est le cas des « Républicains » qui vénèrent l’Empire. Eric Ciotti s’écrie « Vive Napoléon, Vive l’Empereur » tandis que Bruno Retailleau s’enflamme : « Célébrer Napoléon Bonaparte c’est célébrer la grandeur de la France. » Ces lointains héritiers de de Gaulle ont sans doute oublié sa petite phrase de 1960 à propos de ceux qui regrettaient « la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile et le charme du temps des équipages. » Ils nous rappellent surtout que le régime qu’ils défendent est lui aussi né d’un coup d’État et que comme le disait Sartre : « La caque sent le hareng, le régime gaulliste sentira jusqu'à sa fin et dans toutes ses manifestations l'arbitraire et la violence dont il est issu. »

Du côté des ministres « socialistes » du précédent quinquennat, on ne pouvait évidemment être en reste. Manuel Valls retweete donc un entretien d’un historien dans Le Figaro intitulé : « Une volonté de rabaisser le génie est à l’œuvre ». Encore un coup des islamo-gauchistes, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Arnaud Montebourg y va aussi de son tweet : « Commémorer Napoléon 1er, c’est apprendre de notre génie national, de nos gloires, comme de nos excès. » Les millions de morts causés par les guerres napoléoniennes, ce n'est qu'un simple « excès » - d'autres auraient pu dire un « détail » - aux yeux de notre apiculteur, qui se révèle de plus en plus national et de moins en moins socialiste.

Tous se lamentent de voir la France céder à ceux qui voudraient « effacer l’histoire » (Ciotti) ou la « déconstruire » (Retailleau) et fustigent la tentation de la « repentance » (Le Pen) ou celle des « jugements anachroniques » (Montebourg). Et Emmanuel Macron d’effectuer dans son discours la synthèse entre MM. Ciotti et Montebourg : « Ne rien céder à ceux qui entendent effacer le passé au motif qu’il ne correspond pas à l’idée qu’ils se font du présent ».

Or ce n’est pas du passé ou de l’Histoire qu’il s’agit ici et encore moins de les « effacer ». Il est question du présent et d'une commémoration, c’est-à-dire d’un acte politique qui dit tout de celui qui s’y livre et rien de son objet. Quoi de plus politique que d'avoir choisi de commémorer Napoléon mais pas la Ière République qu’il a renversée ou encore la IIIème République mais pas la Commune de Paris qu’elle a noyée dans le sang ?

Condamner l’esclavage rétabli par Napoléon ou la place qu’il réservait aux femmes dans la société, ce n’est pas non plus « juger du passé avec les lois du présent » comme l’a faussement affirmé le président de la République. C'est le juger avec les idées de la fin du XVIIIe siècle, celles de Toussaint Louverture, de la Convention de 1794 ou d’Olympe de Gouge. Le prétendu « procès anachronique », dénoncé par M. Macron et ceux qui communient aujourd’hui avec lui dans ce grand barnum bonapartiste et réactionnaire, peine à masquer leur nostalgie pour les lois du passé qu'ils n'ont de cesse de remettre au goût du jour afin de « réformer » le présent.

« Napoléon Bonaparte est une part de nous » a dit le président de la République. Une part de lui, assurément.

 © Department of Information-Malta/Handout via REUTERS © Department of Information-Malta/Handout via REUTERS

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