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Billet de blog 6 déc. 2020

Emmanuel Macron et le palais des rêves

La plus secrète, la plus puissante, la plus terrifiante institution qui se puisse imaginer : une administration chargée de collecter les songes de tout un chacun, de les rassembler, puis de les trier, de les classer, de les interpréter, afin d’isoler ces « maîtres-rêves » dans lesquels le destin de l’Empire et de son tyran pourra être déchiffré (Ismaïl Kadaré, Le palais des rêves).

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L’article 24 de la « proposition de loi relative à la sécurité globale » est devenu l’arbre qui cache la forêt. Celui qui permet au gouvernement de détourner l’attention d’autres évolutions législatives ou réglementaires qui sont encore plus attentatoires aux libertés individuelles.

L’article 21 et l’article 22 de cette même proposition de loi prévoient ainsi l’enregistrement et la transmission d’images captées par les caméras-piétons des policiers et par des drones. La surveillance par drones vise en particulier « les rassemblements de personnes sur la voie publique ou dans les lieux ouverts au publics, lorsque les circonstances font craindre des troubles graves à l’ordre public, ainsi que l’appui des personnels au sol en vue de maintenir ou de rétablir l’ordre public. »

Lors de l’examen de cette proposition de loi par l’Assemblée Nationale, tous les amendements visant à exclure le traitement de ces images par des logiciels d’intelligence artificielle ont été rejetés par le gouvernement et la majorité à ses ordres.

La loi de programmation pluriannuelle de la recherche prévoit que « le fait de pénétrer ou de se maintenir dans l’enceinte d’un établissement d’enseignement supérieur (…) dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement »  est passible de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende si ce délit est commis en réunion.

L’article 25 du « projet de loi confortant les principes républicains » prévoit de punir la divulgation d’informations « relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle d’une personne permettant de l’identifier ou de la localiser dans le  but de l’exposer, elle ou les membres de sa famille, à un risque immédiat d’atteinte à la vie, à l’intégrité physique ou psychique, ou aux biens ». 

Dans ces deux projets de lois, il ne s’agit donc pas de punir des actes, ou la complicité ou la tentative ou la provocation ou même la préparation d’un acte répréhensible. Tout cela est déjà puni par la loi. Il s’agit de punir des intentions prêtées à celui ou celle qui diffuse des informations (voir ici). Qui évaluera ces intentions ? La police en premier lieu, qui pourra placer en garde à vue puis déférer à la justice le présumé coupable.

Cerise sur le gâteau liberticide, le gouvernement vient de prendre le 2 décembre 2020 un décret modifiant le Code de la sécurité intérieure. Et quelle cerise !

Ce décret permet désormais le fichage « de personnes susceptibles de porter atteinte à l'intégrité du territoire ou des institutions de la République », fichage qui, jusqu'à présent, ciblait principalement les personnes suspectées d’activités terroristes ... et les supporters de football (article R236-11).

La liste des données pouvant être enregistrées a été considérablement étendue et comprend notamment les identifiants sur les réseaux sociaux, « les activités publiques ou au sein de groupements ou de personnes morales », « les activités sur les réseaux sociaux », les « pratiques et comportements religieux », etc… (article R236-12). Alors que cet article prévoyait auparavant que « le traitement ne comporte pas de dispositif de reconnaissance faciale à partir de la photographie », cette limitation a été supprimée...

Enfin, ces fichiers pourront conserver des données relatives « à des signes physiques particuliers et objectifs comme éléments de signalement des personnes » et « à des opinions politiques, des convictions philosophiques, religieuses ou une appartenance syndicale » (article R236-13).

Surveillance généralisée dans l’espace public, création de délits d’intention, fichage des citoyens en fonction de leurs opinions, de leurs croyances religieuses ou de leur couleur de peau, utilisation de l’intelligence artificielle : il ne fait plus de doute que « nous allons tranquillement vers un état autoritaire, vers une suppression des libertés individuelles. » ainsi que l’exprime une dangereuse islamo-gauchiste, Mme Nathalie Sarles, députée LREM (voir ici).

1984 ? George Orwell, l'avait imaginé, Macron est en train de le faire.

Le palais des rêves ? Ismaïl Kadaré l'a décrit, Macron en rêve.

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