Emmanuel Macron, commandant en chef de la guerre sociale

Pour le président de la République, l'heure est à la contre-attaque. Dans son viseur : les retraités, les chômeurs et les bénéficiaires des aides sociales.

A son retour du Puy-en-Velay le 4 décembre dernier, alors qu’il venait d’être hué et insulté par les manifestants à la sortie de la préfecture, M. Macron confiait à ses conseillers (voir ici) : « Il faut tenir. Je ressoude partout. Et dès que c'est consolidé, je réattaque. »

« Tenir » et « ressouder », cela consistait à ordonner des violences policières d’un niveau jamais atteint en métropole depuis la fin de la guerre d’Algérie. Le bilan est  : 1 personne tuée, 5 ayant eu la main arrachée par une grenade, 24 éborgnés, près de 300 blessés à la tête dont de nombreux qui resteront défigurés à vie ou garderont de graves séquelles, des centaines d’autres blessés. En parallèle, une justice d’abattage avait prononcé début avril près de 2000 condamnations, dont 40% à de la prison ferme (voir ici). La violence de cette répression semble avoir atteint son but : il est devenu si risqué et si dangereux de manifester que le nombre de manifestants a beaucoup diminué ces derniers mois.

Pour M. Macron, le moment est donc venu de « réattaquer ».

Il a tiré ses conclusions de la mascarade du grand débat : il convient d’accélérer la mise en œuvre de sa politique et de remettre en chantier les « réformes » économiques et sociales qu’il avait prévu de faire. Après la baisse de la fiscalité pour les plus fortunés (qui ont financé la campagne de M. Macron), après le démantèlement du droit du travail, ce sont les retraités, les chômeurs et les bénéficiaires des aides sociales qui sont dans le collimateur du président de la République. Ces « gens qui ne sont rien » coûtent « un pognon de dingue » : il faut que cela cesse.

Premier front de cette guerre : les retraités. La transformation des régimes de retraite en un système par points aura plusieurs conséquences (voir l’article de Christiane Marty dans Le Monde Diplomatique). Sous une apparence « d’équité », le slogan « un euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous » se traduira par une pension plus faible pour les carrières courtes ou interrompues (périodes de chômage, maternité, congé parental). Sous couvert de « liberté », le système de décote qui se profile entre 62 et 64 ans donnera le « choix » aux petits retraités de prendre leur retraite avec une pension encore plus faible ou de travailler plus longtemps, à supposer qu’ils puissent conserver leur emploi ou en retrouver un. Enfin, la décision de plafonner le montant global des pensions à 14% du PIB alors que la population vieillit aura pour conséquence mécanique de faire baisser le pouvoir d’achat des retraités. Le choix de M. Macron est donc clair : c’est celui de la paupérisation des retraités, dont les premières et principales victimes seront évidemment les petits retraités.

Deuxième front de cette guerre : les chômeurs (voir ici). Pour le président de la République, il est entendu que ces oisifs ne cherchent pas à retrouver un travail et qu’il faut donc les « inciter » (comprendre : les forcer) à accepter n’importe quelle offre d’emploi. La chasse aux chômeurs est donc ouverte à Pôle Emploi : les effectifs chargés de contrôler les demandeurs d’emploi vont passer de 200 en 2017 à 1000 en 2020. Depuis la parution d’un décret le 31 décembre, les sanctions en cas de recherche d’emploi pas assez « active » sont plus rapides et plus importantes. Enfin Les Echos viennent de dévoiler le nouveau projet du gouvernement : il s’agit d’allonger la durée de travail nécessaire pour qu’un salarié puisse bénéficier de l’assurance-chômage. Cette mesure fera baisser de plusieurs centaines de milliers le nombre de chômeurs indemnisés et touchera les salariés les plus précaires (celles et ceux qui ont des contrats courts entrecoupés de périodes d’inactivité), avec l’objectif de leur faire accepter une offre d’emploi à n’importe quelles conditions.

Troisième front de cette guerre : les bénéficiaires de minimas sociaux (voir ici) qui, selon le président de la République, « déconnent » et se complaisent dans l’assistanat. Le projet du gouvernement est de fusionner les minimas sociaux en un « revenu universel d’activité ». Celui-ci sera conditionné à « l’engagement à chercher un emploi » et les bénéficiaires ne pourront « refuser plus de deux offres raisonnables d’emploi ». En attendant de retrouver un emploi, les bénéficiaires devront exercer une activité de bénévolat pour continuer de bénéficier de l’allocation. Une armée de réserve rémunérée beaucoup moins que le SMIC et gratuite pour les entreprises, voilà qui va permettre de mettre les smicards sous pression.

Menée sur tous ces fronts, cette guerre sociale a deux objectifs. D’une part, faire baisser la dépense publique afin de financer les réductions d’impôt pour les plus riches tout en réduisant le déficit public. D’autre part, exercer une pression à la baisse sur les salaires. Les ordonnances Pénicaud visaient déjà cet objectif en rendant plus précaire le statut des salariés afin qu’ils acceptent de travailler plus pour gagner moins, sous peine de perdre leur emploi. Les réformes de l’assurance-chômage et des minimas sociaux vont précariser un peu plus celles et ceux qui n’ont pas de travail en les forçant à accepter une offre d’emploi plus éloignée, moins bien payée, ou plus pénible.

Les victimes de cette guerre de M. Macron contre les classes populaires, ce sont des millions de gens dont les fins de mois seront encore plus difficiles et qui vont tomber dans une plus grande pauvreté, voire dans la misère.

Cette guerre sociale, c’est son projeeeeeeeeeeeeet !

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