Joe Biden, ce vétéran qui ringardise le freluquet de l'Elysée

Il paraît que les comparaisons avec le président des États-Unis « agacent beaucoup » le président français.

Novembre 2016 : Emmanuel Macron, 39 ans, annonçait sa candidature à l’élection présidentielle. Chouchou des médias, « jeune », « moderne », « progressiste », s’inscrivant dans le dépassement du clivage « archaïque » entre droite et gauche. Lui était « en même temps » de droite et de gauche et promettait de retenir « le meilleur » des deux mondes au nom du « pragmatisme » et du rejet des « idéologies ».

On allait voir ce qu’on allait voir. A partir de son élection en 2017, on a vu : des cadeaux fiscaux sans précédent aux plus fortunés et « en même temps » la baisse des APL, le durcissement des conditions d’accès aux minimas sociaux et aux allocations de chômage. Avec, en matière de libertés publiques, un chapelet de lois scélérates comme on n’en avait pas vu depuis la guerre d’Algérie. Bref, les recettes classiques d’une politique de droite et même de droite-extrême.

Novembre 2020 : Joe Biden, 78 ans, était élu président des États-Unis. Un des plus vieux routards de la politique états-unienne (élu sénateur en … 1972) et associé à la droitisation de la ligne politique du Parti démocrate depuis des lustres, il devait principalement sa victoire à la gestion catastrophique de l’épidémie de Covid-19 par Donald Trump. De l’ancien vice-président, peu de gens attendaient autre chose qu’une politique semblable à celle d’Obama, avec le charisme en moins.

Et voilà qu’en quelques mois, Biden a surpris. Il a annoncé un plan de relance massif par la dépense publique dans les infrastructures, la santé, l’éducation et il prévoit de le financer par des hausses d’impôts sur les sociétés (de 21% à 28%) et sur les revenus des plus riches (taux marginal passant de 37% à 39,6% au-dessus de 400 000 dollars). Celles et ceux qui le comparent à Roosevelt devraient toutefois se souvenir que celui-ci avait porté le taux marginal de l'impôt sur le revenu à 79% en 1935 et à 94% en 1944. Quant à l’impôt sur les sociétés, il était encore de 35% sous Obama.

Mais, plus que les taux d’imposition qui restent très faibles, c’est l’accent mis sur l’augmentation de la dépense publique et son financement par des hausses d’impôt qui différencie les deux chefs d’État. Alors que le président français a pour objectif constant depuis 2017 de faire baisser la dépense publique et les impôts des plus riches, le président des États-Unis prend le contre-pied de cette politique. A Macron qui ne jure que par les « premiers de cordée » dont il baisse les impôts pour qu’ils puissent « investir », Biden oppose le constat que « la théorie du ruissellement n'a jamais fonctionné » (voir ici).

Gardons-nous toutefois de la « Bidenmania » qui semble gagner ces derniers temps une grande partie de ce qu’il subsiste de la gauche dans ce pays. D’abord parce que Biden devra composer avec un Congrès où les démocrates n’ont qu’une très courte majorité et que parmi eux, certains restent fidèles à la doxa économique des 40 dernières années… qui était celle de Biden jusqu’à ces derniers mois. Ensuite, et surtout, parce que rien de ce qu’il propose ne remet en cause le système économique états-unien : son objectif se limite à vouloir le rendre un tout petit peu moins injuste pour le rendre un tout petit moins inacceptable. Aussi, quand Fabien Roussel qualifie de «révolutionnaire » le plan de relance de Biden et dit avoir l’impression « qu’il a pris sa carte au Parti communiste français », c'est sans doute que plus grand chose ne sépare une bonne partie de la gauche française du parti démocrate des États-Unis.

Mais ce qui se passe outre-Atlantique a au moins le mérite de montrer la nature profondément réactionnaire de la politique de Macron. Tandis que le président des États-Unis entend corriger (à la marge) l’explosion des inégalités due aux politiques menées depuis Reagan, l’ambition du président français est au contraire de les accentuer fortement.

Le jeunot Macron applique aveuglément les recettes de Reagan et Thatcher d'il y a quarante ans tandis que le vétéran Biden s’en éloigne. Le freluquet qui nous gouverne a pris un coup de vieux.

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