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Billet de blog 10 avr. 2018

Le rideau de fumée du chanoine Macron

"J’espère donc que les esprits ne seront plus absorbés par la querelle religieuse, et que tout en continuant à veiller à l’application exacte des lois de laïcité républicaine ils pourront donner le meilleur de leur temps et de leur intelligence à l’œuvre de reformation sociale." Jean Jaurès, décembre 1906

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En novembre 2017, Emmanuel Macron acceptait le titre de "premier et unique chanoine honoraire de la basilique majeure de Saint-Jean-de-Latran". Il manifestait aussi son intention d'aller prendre possession de son titre lors d’un déplacement à Rome, comme l'avaient fait avant lui de Gaulle, Giscard d'Estaing, Chirac et Sarkozy, mais contrairement à Pompidou, Mitterrand et Hollande.

Hier, dans son discours devant les Évêques de France au Collège des Bernardins, le président de la République a tenu des propos dont la portée dépasse de beaucoup l'acceptation de ce titre honorifique.

Au tout début de son discours, il déclarait : "Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer."  Non, le lien entre l’Église catholique et l’État ne s'est pas abîmé et il est encore moins nécessaire de vouloir le réparer, pour la simple raison qu'il n'y en a plus et ce depuis la loi de 1905 qui dispose en son article 2 : "La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte."

D'autres passages de ce discours du chanoine Macron aux accents parfois mystiques mériteraient d'être commentés mais j'en retiendrai deux, qui relèvent non pas de la spiritualité mais bien des faits alternatifs, ou des "fake news" comme dirait le Marcheur en chef dans ce globish qu'il affectionne.

A propos de l'accueil des réfugiés, M. Macron affirmait : "C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons (...) C’est le cap de cet humanisme réaliste que j’ai fixé." La réalité, c'est que l’État, sous l'autorité de M. Macron, bafoue systématiquement le droit comme en témoignent les condamnations de l’État par le tribunal administratif de Lille ou les quatre condamnations du préfet des Alpes-Maritimes en moins d'un an. En janvier dernier, trois associations dont ... le Secours catholique ont porté plainte contre X pour destruction et dégradation de biens afin de dénoncer le fait que les exilés de Calais sont dépossédés quotidiennement des biens leur permettant de se protéger du froid. En juin 2017, le Défenseur des droits dénonçait « des atteintes aux droits fondamentaux d'une exceptionnelle et inédite gravité » puis il demandait en janvier 2018 le retrait de la circulaire sur l’hébergement d’urgence, « susceptible de porter atteinte aux libertés et à la dignité des plus démunis. »  "La conciliation du droit et de l'humanité", c'est donc la version En Marche de "La guerre, c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force" d'Orwell.

Par ailleurs, comment ne pas sursauter aux propos suivants : "Tous les jours les mêmes associations catholiques et les prêtres accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles, des familles recourant à l'avortement, (...) L’Église accompagne inlassablement ces situations délicates et tente de concilier ces principes et le réel."  L'accompagnement "inlassable" des homosexuels ou des femmes recourant à l'avortement par l’Église catholique aurait pu nous avoir échappé et il méritait donc d'être souligné. Tout comme il convenait sans doute de passer sous silence la complaisance de l’Église catholique envers les prêtres pédophiles, et en particulier celle de ces 25 évêques qui ont couvert des abus sexuels. Certains sont toujours en poste et étaient assis devant lui, il ne fallait surtout pas les froisser. Les victimes apprécieront ce silence.

Les arrière-pensées électorales qui sous-tendent ce discours sont évidentes. Alors que les électeurs de centre-gauche qui ont soutenu M. Macron pourraient bien lui tenir rigueur de sa politique économique et sociale réactionnaire lors des prochaines élections, il n'est pas inutile de flatter l’électorat catholique conservateur qui avait soutenu M. Fillon. En Marche vers Sens Commun ? Philippe de Villiers va-t-il adhérer prochainement à LaREM ?

Toutefois, là n'est pas le plus important. Car pendant que M. Macron s'exprimait devant les Évêques de France, 2500 gardes mobiles expulsaient brutalement les occupants de la ZAD de Notre-Dame des Landes et les CRS évacuaient un amphi à la faculté de Nanterre. Chaque jour, des violences policières s'exercent envers les réfugiés (y compris les femmes enceintes comme on peut le voir ici), le harcèlement des associations qui leur viennent aide se poursuit et les poursuites judiciaires se multiplient envers leurs militants. Chaque nuit, des centaines de malades restent sur un brancard aux urgences faute de lits disponibles en raison des restrictions budgétaires. A l'Assemblée Nationale, les députés LaREM qui ont voté la loi sur le secret des affaires s'apprêtent maintenant à approuver le démantèlement du service public ferroviaire, le durcissement du contrôle des chômeurs et à voter une loi qui vise à débouter plus vite pour éloigner plus les demandeurs d'asile.

L'autoritarisme et le caractère de plus en plus répressif de ce régime, le saccage des services publics et une politique économique au seul bénéfice des grandes entreprises, des banques et des plus fortunés sont chaque jour plus évidents. Quelques balancements d'encensoir devant les évêques et des propos qui relancent la polémique sur la laïcité tombent à point nommé pour détourner l'attention.

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