Islamo-gauchisme, le nouveau judéo-bolchevisme

« Je ne m’excuse pas (sic) qu’un parti comme le vôtre, qui a dénoncé pendant longtemps l’opium du peuple, en soit (sic) désormais lié avec un islamo-gauchisme qui détruit la République ». Gérald Darmanin, le 6 octobre 2020.

Ainsi s’exprimait dans un français approximatif le ministre de l’Intérieur en réponse à une question du député LFI Alexis Corbière (voir ici). Si les propos de M. Darmanin sur la « violence légitime » exercée par la police témoignaient d’une compréhension plus qu’approximative de Max Weber, son emploi répété de la formule « islamo-gauchisme » et d’autres emprunts au vocabulaire cher à Marine Le Pen démontrent que sa pensée est très imprégnée des idées de l’extrême-droite.

Le bolchevisme étant un peu passé de mode, et l’antisémitisme ne se portant plus en bandoulière comme au bon vieux temps de Jean-Marie Le Pen, l’extrême-droite a dû renouveler son stock d’invectives. Lénine n’étant pas mieux assimilé que Weber, le « gauchisme » fera l’affaire en guise de bolchevisme. Quant aux musulmans, ils constituent un parfait substitut aux juifs de l'avant-guerre.

Islamo-gauchisme est donc devenu le (dis)qualificatif préféré de l’extrême-droite et de ses épigones de LR(N)EM. Le vert les remplit d’effroi tout autant que le rouge, Zemmour est leur Drumont, Finkelkraut leur Maurras et Valeurs actuelles leur Je suis partout.

La pauvreté et la précarité qui explosent, les entreprises qui licencient par centaines de milliers, les revenus des 0,1% les plus riches qui augmentent de 25% grâce aux cadeaux fiscaux de M. Macron, la catastrophe climatique qui approche à grande vitesse : tout cela n’a guère d’importance pour ce régime. Ce qui « détruit la République », ce sont évidemment le « séparatisme islamique » et les « islamo-gauchistes ».

 © Fred Sochard © Fred Sochard

Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté ce dessin.

 

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