ACAB est-il devenu le slogan de la « shut-up nation » ?

Non, ce n’est pas celui auquel vous pensez. D’ailleurs, il m'exposerait sans doute à des poursuites de la part du ministre de l'Intérieur.

Dans l’article 24 de leur proposition de loi à l’intitulé orwellien de « Sécurité globale », les godillots En Marche au pas ont prévu de punir d’un an d'emprisonnement et de 45 000 € d’amende « le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique, l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un agent de la police nationale ou de la gendarmerie nationale ».

Mme Alice Thourot est co-rapporteure de la proposition de loi avec M. Jean-Michel Fauvergue, son collègue LREM et ancien patron du RAID . Mme Thourot a expliqué dans un entretien  à BFM que cela « n'est que la traduction législative d'un engagement du président de la République, pris devant les syndicats de police au mois d’octobre, quand il les a reçus à l’Elysée. » Quant à M. Fauvergue, il a de la suite dans les idées puisqu'il déclarait l'année dernière qu'il fallait « oublier l'affaire Malik Oussekine » (voir ici). 1986, c'était une bien belle époque en vérité ! Il n'y avait alors pas de téléphones portables pour filmer les voltigeurs qui tuèrent cet homme de 22 ans.

Le 19 décembre 2018, vingt-quatre heures après avoir lancé un mouvement de revendication salariale avec le mot d'ordre « Fermons les commissariats », les syndicats de police obtenaient satisfaction de la part du ministre de l'Intérieur de l'époque, M. Castaner (voir ici). Il n'y avait alors pas une heure à perdre puisque le régime ne tenait plus que par la répression policière et que, dix jours plus tôt, un hélicoptère était prêt à évacuer à tout instant M. Macron de son bunker de l’Élysée. Deux ans plus tard, les syndicats de police dictent la loi et c'est un ancien collègue qui l'écrit. Ce ne sont pas les personnels soignants qui risquent d'être ainsi choyés. Ils sont applaudis à 20h00, c'est déjà bien suffisant.

« Protéger ceux qui nous protègent », tel est l'objet de cette loi selon la formule de Mme Thourot (voir ici). Ce n'est évidemment pas ce qu'elle voulait dire mais il s'agit effectivement pour M. Macron et son régime de protéger ceux qui les protègent. Qui sait de quoi l'avenir sera fait ? Avoir caressé les forces de l'ordre dans le sens du poil pourrait à nouveau s'avérer fort utile quand la cocotte-minute du confinement sera rouverte. Pas question de se laisser surprendre comme en 2018 ! Dès lors, le moment venu, c'est à une peine d'emprisonnement que s'exposeront les citoyens (voire les journalistes) diffusant des images de policiers en train de tabasser, d’éborgner ou de mutiler les manifestants, les réfugiés ou les habitants des quartiers pauvres. Après tout, les forces de l'ordre ne feront à nouveau que ce que leur demande ce gouvernement depuis trois ans ! Carte blanche leur sera donc donnée, et ils seront équipés de caméras individuelles et assistés de drones afin de filmer sans être filmés (articles 21 et 22 de la proposition de loi).

Dans la « shut-up nation » de M. Macron, ACAB est l’acronyme de « All Citizens Are Bastards ».

A genoux, les bâtards. Et tenez-vous sages !

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