Récit imaginaire de la première année de la présidente Marine Le Pen

Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Le 7 mai 2017, Marine Le Pen est élue à la présidence de la République française. Puis, le 18 juin 2017, le Front National obtient une majorité de députés aux élections législatives.

Avant son élection, la future présidente avait tenu des propos méprisants à l'égard de ses concitoyens, traitant d'illetrées les ouvrières de Gad, enjoignant à un syndicaliste de travailler pour se payer un costard et insultant les gens du Nord et leur supposé alcoolisme.

Élue présidente, elle continue d'afficher son mépris pour les Comoriens, "les gens qui ne sont rien" et autres "fainéants". Elle déclare qu'il est vain d'aider les pays africains qui ont "7 à 8 enfants par femme" et, lors d'une visite officielle au Burkina Faso, elle se moque du président burkinabé qui a quitté la salle où elle tenait un discours et suscite l’indignation en lançant : "Il est parti réparer la clim".

Mme Le Pen ne tarde pas à s'en prendre aux opposants à sa politique et dénonce leurs "leurs discours haineux". Son porte-parole fustige les manifestants qui "emmerdent les Français". La presse est aussi visée à la suite de la publication de documents concernant la réforme du code du travail, à travers une plainte déposée par sa ministre du travail.

En novembre 2017, la majorité parlementaire Front National vote la loi sur la sécurité intérieure et le terrorisme qui transpose les dispositions de l'état d'urgence dans le droit commun, malgré l'opposition de toutes les associations de défense des Droits de l'homme. La France est même épinglée par le Haut Commissariat de l'ONU aux Droits de l'homme qui dénonce le fait que "les pouvoirs ainsi donnés aux autorités puissent être utilisés de manière arbitraire".

La situation des réfugiés et des demandeurs d'asile se dégrade très rapidement après la prise de fonction de la présidente de la République. Dès juin 2017, un rapport du Défenseur des droits fait état d'atteintes aux droits fondamentaux d'une exceptionnelle gravité.

En juillet 2017, après que l’État a été condamné par le Tribunal administratif de Lille à créer des points d'eau et à laisser les associations distribuer des repas à Calais, le ministre de l'Intérieur de Mme Le Pen dépose un recours devant le Conseil d’État, lequel rejette le recours. Malgré cette condamnation, l'ONG Human Rights Watch documente dans un rapport de décembre 2017 des agressions physiques de migrants par la police ainsi que des actes de harcèlement à l’encontre de travailleurs humanitaires.

L'action contre les militants ne se limite pas au harcèlement puisque plusieurs d'entre eux sont traduits en justice pour délit de solidarité. En avril 2018, alors qu'une organisation d'extrême droite bloque des réfugiés à la frontière franco-italienne sans être inquiétée par la police, trois militants venant en aide aux réfugiés sont arrêtés à Gap et sont ensuite placés en détention provisoire.

Tandis que le ministre de l'Intérieur reprend la rhétorique de l'extrême-droite en parlant de "régions submergées par l'afflux de demandeurs d'asile", l’État ne prend même plus la peine de respecter les lois de la République. Le préfet des Alpes-Maritimes est plusieurs fois condamné pour des atteintes au droit d’asile ou à la protection des étrangers mineurs, la police française falsifie les actes de naissance de réfugiés mineurs pour pouvoir les expulser et les douaniers français pénètrent dans une clinique gérée par une ONG d'aide aux migrants à Bardonecchia en Italie.

En avril 2018, la majorité parlementaire Front National adopte en première lecture le projet de loi asile et immigration, malgré l'opposition de toutes les associations travaillant dans ce secteur. Il vise à restreindre encore plus le droit d'asile et à débouter plus vite pour éloigner plus.

Le caractère répressif du régime Le Pen est de plus en plus manifeste: violences policières contre les militants anti-CIGEO à Bure, déploiement de 2500 CRS et utilisation de blindés pour évacuer la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, encadrement par des militaires d'un après-midi de soutien à la famille d'Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise.

Arrêtons-là ce récit imaginaire puisque le 7 mai 2017, ce n'est pas Marine Le Pen mais Emmanuel Macron qui a été élu président de la République. Il parait que la France a ainsi évité la mise en œuvre d'une politique d'extrême-droite.

 

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