Une retraite plus simple, plus juste, pour tous … plus tard. Comme c'est bizarre !

Le Premier ministre a annoncé le 11 décembre que la simplicité, la justice et l’universalité pouvaient attendre … 2037.

Depuis des mois, le président de la République, le Premier ministre, les ministres, les députés LREM et tous les médias qui les servent nous ont expliqué que la réforme des retraites avait pour objectif de rendre notre système plus simple, plus juste et universel.

Plus simple, car il fallait en finir avec les 42 régimes de retraite (il y en a en réalité une vingtaine mais pour les besoins de la communication sur la « simplification » mieux vaut charger un peu la barque). Trop complexe (« illisible » en novlangue), notre système de retraite devait être simplifié sans plus attendre. Et voici que le Premier ministre annonce que la réforme ne s’appliquera qu’à celles et ceux nés à partir de 1975, qui prendront leur retraite à partir de 2037 (en réalité en 2039 pour échapper au malus entre 62 et 64 ans). Du coup, la simplicité attendra encore une vingtaine d’années, pendant lesquelles un 43ème régime coexistera avec les 42 régimes vilipendés jusqu’à hier.

Plus juste, car « un euro cotisé donnera les mêmes droits à tous », selon le mantra de l’exécutif. Édouard Philippe a même annoncé sur TF1 que « tout le monde serait gagnant » grâce à la réforme. Pourquoi donc priver des millions de gens, nés avant 1975, des bénéfices d’une réforme juste et qui ne ferait que des gagnants ? MM. Macron et Philippe sont vraiment trop timides, ils n’osent pas faire plaisir à tout le monde !

Pour tous, car le nouveau régime sera u-ni-ver-sel ! Plus de spécificités héritées d’un autre âge et surtout plus de privilèges pour certaines catégories. Une sorte de nouvelle nuit du 4 août, en quelque sorte. Rassurez-vous, il ne s’agit pas de rétablir l’ISF pour les premiers de cordée mais de faire baisser la pension des horribles cheminots et des affreux conducteurs de bus de la RATP. Donc, tout le monde à la même enseigne. Enfin presque… Pas les militaires, pas les gendarmes, pas les policiers : mais pourquoi donc les priver d’une réforme si avantageuse ?

Ne nous a-t-on pas aussi répété que le système actuel était « à bout de souffle », qu’il fallait le reformer immédiatement pour en assurer la pérennité, et qu’il ne saurait être question de laisser « à nos enfants » le fardeau d’un système de retraite dont le coût deviendrait intolérable ? Bonne nouvelle, cela aussi peut attendre 2037.

D'un seul coup, ce qui était urgent ne l'est plus. Et une réforme qui ne ferait que des heureux est remise aux calendes grecques. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Comme c'est bizarre !

Mais ce n'est bien évidemment pas si bizarre que cela car le passage à un système par points n'est qu'un moyen pour atteindre un objectif : faire baisser la part des retraites dans le PIB. Et derrière les concessions de façade, l’essentiel est sauvegardé : l’âge de départ effectif à la retraite va effectivement augmenter, non pas en 2037, mais dès 2022 (par un heureux hasard, cela commencera juste après la prochaine élection présidentielle).

Et il augmentera pour tous ... sauf pour la garde prétorienne du régime. MM. Macron et Philippe en ont besoin pour continuer de tabasser et d'éborgner celles et ceux qui ne veulent pas de l'avenir radieux qu'ils leur préparent.

 © Fred Sochard © Fred Sochard

Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté ce dessin.

 

 

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