Notre Bon Maître est de retour

Ses propos sur le « sens de l’effort » ont pleinement rassuré les partisans de M. Macron.

Le 10 décembre dernier, le président de la République avait prononcé une allocution dans laquelle il avait annoncé certaines mesures en réponse aux revendications des gilets jaunes. Qu’il pût céder à la rue était déjà en soi une source d’inquiétude pour ses fidèles. Mais le plus préoccupant était bien cette phrase : « Je sais aussi qu'il m'est arrivé de blesser certains d'entre vous par mes propos. »

Pour les ministres, les conseillers de la présidence, les députés de la majorité et les adhérents de La République en Marche, cette déclaration fit l’effet d’un coup de tonnerre. Alors qu’ils partageaient avec leur guide suprême cette forme d’arrogance et de suffisance, ce mépris envers les faibles et les pauvres, n’était-ce pas là l’esquisse d’un changement de comportement de sa part ?

Alors quoi, il n’y aurait plus ni « illettrées », ni « alcooliques », ni « fainéants » ? Les « gens qui réussissent » devraient-ils désormais être placés sur le même plan que les « gens qui ne sont rien » ? Ne pourrait-on plus dorénavant stigmatiser ces pauvres qui « coûtent un pognon de dingue » ? Et faudrait-il à l’avenir s’abstenir de fustiger ces chômeurs qui ne se donnent pas la peine de « traverser la rue » ?

Les vœux du président avaient certes mis un peu de baume au cœur de tous les macronistes.  N’avait-il pas fait allusion aux gilets jaunes en condamnant les « foules haineuses » et n’avait-il pas promis la répression la plus sévère pour ces hordes de barbares qui venaient souiller les beaux quartiers de Paris et le centre de nos belles villes de province ?

Mais le doute subsistait. Fort heureusement, aux boulangers qu’il recevait à l’Elysée le 11 janvier, le président de la République déclara : « Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu'on peut obtenir sans que cet effort soit apporté, que parfois on a trop souvent oublié qu'à côté des droits de chacun dans la République (...) il y a des devoirs. » (voir ici)

Cette esquisse de mea culpa du 10 décembre n’avait donc été qu’un coup de communication pour laisser croire qu’il avait changé. Le fan-club des marcheurs retrouvait le président au sommet de son art. La police et la justice avaient pour instruction d’arrêter, de mutiler si besoin et de condamner à tour de bras les récalcitrants. Et l’on pourrait de nouveau afficher son mépris de classe et insulter les ploucs qui « fument des clopes et roulent en diesel ».

La macronie a pu douter de son maître durant quelques semaines mais tout rentre dans l’ordre.

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