Couvre-feu ou cache-misère ?

La question d'un éventuel couvre-feu nocturne à Paris, en petite couronne, voire dans d'autres métropoles, était au programme du Conseil de défense sanitaire à l'Élysée mardi 13 octobre matin, selon France Info.

S’agit-il d’une fuite destinée à préparer les esprits à une annonce en ce sens du président de la République lors de son entretien avec les brosses à reluire de TF1 et France2 ?

Ou bien est-ce une énième menace infantilisante comme les affectionne cet exécutif (« ça suffit les enfants, si vous continuez, vous allez être punis ! ») ?

Peu importe à vrai dire, car le seul fait d'évoquer un couvre-feu donne la mesure du désarroi de ce gouvernement qui aura réussi l’exploit de ne rien avoir appris de sa gestion catastrophique de la première vague de Covid-19.

En mars, la France n’avait pas de masques, pas de tests, pas assez de personnel dans les hôpitaux, etc… Cette situation était la conséquence d’une politique détruisant à petit feu notre système de santé depuis au moins deux décennies, politique que M. Macron a poursuivie à marche forcée depuis 2017.

Six mois plus tard, il y a des masques et c’est à peu près la seule différence notable. La politique de tests est un échec. Les délais pour se faire dépister sont tels qu’une partie importante de ces tests ne servent plus à rien. Du moins s’il s’agit d’isoler les personnes contaminées par le Covid-19 et de tracer leurs contacts. S’il s’agit d’arrondir les bénéfices des entreprises pharmaceutiques, c’est en revanche un franc succès (voir ici).

Le rideau de fumée du Ségur de la santé ne parvient plus à dissimuler que la situation a empiré depuis mars dans les hôpitaux. La revalorisation salariale est bien insuffisante pour redonner de l’attractivité aux métiers paramédicaux et la pénurie de personnels s’est aggravée, les départs étant plus nombreux que les recrutements (voir ici). Les 4000 lits supplémentaires promis par les accords de Ségur sont restés à l’état de promesse et malgré les annonces d’Olivier Véran en juillet, la France ne dispose toujours que de 5000 lits de réanimation (comme en mars…), dont 500 à 600 sont fermés par manque de personnel (voir ici). Mais tout cela n’est qu’un problème d’organisation selon M. Macron (voir ici).

Face à la vague qui risque à nouveau de saturer les hôpitaux, c’est pourtant la panique chez les bras cassés qui nous gouvernent. Selon Santé Publique France, au 8 octobre, 25% des « clusters » étaient situés en entreprise, 21% en milieu scolaire et universitaire, 11% dans les établissements de santé (voir ici).

A-t-on renforcé les mesures sanitaires obligatoires dans les entreprises (distanciation, télétravail, étalement des horaires) ? Non, il ne faut surtout pas les ennuyer avec cela mais au contraire leur faire pleinement confiance pour arbitrer entre la santé publique et les intérêts de leurs actionnaires.

A-t-on renforcé les mesures de distanciation dans les écoles ? Non, on les a supprimées. A-t-on créé des milliers de salles de classe pour réduire la densité d’élèves ou commandé des pupitres individuels comme en Italie (voir ici) ? A-t-on recruté 11000 enseignants supplémentaires comme en Espagne (voir ici) ? Surtout pas, il n’y a pas d’argent magique, n’est-ce pas ?

Faute de s’être donné les moyens d’agir, l'exécutif en est réduit à faire de la communication tous azimuts. Sans craindre l’incohérence. « Il ne peut plus y avoir de relâchement » a martelé le Premier ministre tandis que le secrétaire d’État chargé du Tourisme incitait les Français à réserver pour les vacances de la Toussaint, le tout sur fond de rumeurs de couvre-feu…. Voilà une mesure qui serait de nature à réduire drastiquement la circulation du virus dans les entreprises, les établissements scolaires et les établissements de santé !

Pour tenter de masquer l’incurie de son gouvernement et les conséquences de sa politique de destruction du système de santé, M. Macron va une fois de plus morigéner les enfants que nous sommes à ses yeux et s’efforcer de cacher la misère.

Le roi est nu.

 © Fred Sochard © Fred Sochard

Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté ce dessin.

 

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