Bolivie et Honduras : deux poids, deux mesures

Le respect de la Constitution s’impose-t-il à un président de la République en Amérique Latine ? Réponse : non s’il est ami des Etats-Unis, oui s’il ne l’est pas.

Honduras, 2017

Après avoir nommé à la Cour Suprême des magistrats acquis à sa cause, le président hondurien Juan Orlando Hernández – élu en 2013 avec de forts soupçons de fraude électorale – a obtenu de la plus haute instance juridique du pays la suppression des articles de la Constitution interdisant un second mandat consécutif.

Hernández s’est donc présenté aux élections présidentielles du 26 novembre 2017. Alors qu’un décompte provisoire donnait 5 points d’avance à son opposant Salvador Nasralla, le président a finalement été déclaré vainqueur avec 1,5% d’avance par le Tribunal Suprême Électoral (TSE), à la suite d’une mystérieuse panne informatique ayant causé l’interruption du décompte des voix. Face à cette fraude évidente, l’opposition appela à manifester. Le président déclara alors l’état d’urgence : la répression a fait une trentaine de morts et plus de 800 personnes ont été arrêtées.

A la suite de la proclamation officielle des résultats le 17 décembre 2017, la mission d'observation de l’Union Européenne a fait part de son  « évaluation globalement positive de l’organisation des élections par le TSE » et les Etats-Unis ont félicité le président Hernández pour sa réélection.

Bolivie, 2019

Le 21 février 2016, le peuple bolivien a rejeté la proposition de modification de la Constitution qui lui était soumise par référendum. Elle visait notamment à permettre au président Evo Morales de se présenter pour un quatrième mandat en 2019.

En novembre 2017, le Tribunal Constitutionnel Plurinational de Bolivie a néanmoins autorisé Evo Morales à se représenter. Cette instance soumise à la pression du pouvoir exécutif a en effet jugé contraire aux conventions internationales la limite de deux mandats figurant dans la Constitution adoptée en 2009.

Le 20 octobre 2019 s’est déroulée l’élection présidentielle opposant principalement le président sortant Evo Morales à l’ancien président Carlos Mesa. Alors que le dépouillement partiel donnait un écart inférieur à 10 points entre Morales et Mesa – rendant nécessaire un deuxième tour difficile pour Morales -, la transmission des résultats a été interrompue en raison d’un « problème informatique ». Lorsque la publication des résultats a repris, Morales était crédité d’une avance supérieure à dix points, et était donc réélu au premier tour.

L’opposition a immédiatement dénoncé des résultats frauduleux et a appelé à manifester. Les affrontements entre partisans et adversaires du président sortant ont fait 3 morts. L’Union Européenne et les Etats-Unis ont appelé à la tenue d’un second tour.

Lâché par le chef d'état-major de l'armée, Evo Morales a finalement démissionné le 10 novembre et s’est réfugié au Mexique. Donald Trump a salué « le peuple bolivien pour avoir demandé la liberté et l’armée bolivienne pour avoir respecté son serment de protéger non un seul individu, mais la Constitution de la Bolivie ». L’Union Européenne a exprimé son souhait que « toutes les parties du pays fassent preuve de retenue et de responsabilité et mènent pacifiquement et tranquillement le pays vers de nouvelles élections crédibles. »

Morale de ces deux histoires

Au Honduras, un président de droite peut violer la Constitution et trafiquer le résultat des élections avec l'appui de l'armée, les félicitations de Washington et la bienveillance de Bruxelles.

En Bolivie, un président de gauche ne le peut pas parce que l'armée, les États-Unis et l’Union Européenne veillent « au respect de la démocratie ».

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