Sanofi : bal des faux-culs en Macronie

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », écrivait Bossuet. Emmanuel Macron et son gouvernement font de louables efforts pour lui offrir des moments de franche rigolade.

Hier, le Directeur général de Sanofi,  Paul Hudson, affirmait dans un entretien à Bloomberg que les États-Unis seraient le premier pays à être servi dès qu’un vaccin contre le Covid-19 serait disponible car ils avaient été les premiers à financer la recherche sur ce vaccin.

Ces propos ont suscité l’indignation au gouvernement et à l’Élysée. Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, a réagi avec la plus grande fermeté : « Ce serait inacceptable qu'il y ait un accès privilégié de tel ou tel pays sous un prétexte qui serait un prétexte pécuniaire ». « Ce serait incompréhensible et indigne », a renchéri la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal. « Les efforts déployés ces derniers mois montrent qu'il est nécessaire que ce vaccin soit un bien public mondial, extrait des lois du marché », a affirmé la présidence de la République dans un communiqué, faisant savoir qu’Emmanuel Macron s’en était « ému » (voir ici).

C’est vrai, quoi ! Qu’une entreprise du CAC40 prenne des décisions fondées sur les « lois du marché » et en fonction de ses intérêts financiers, c’est à peine croyable ! Que Sanofi, qui réalise 35,3% de son chiffre d’affaire aux Etats-Unis contre 6,3% en France, privilégie son plus gros marché, cela défie l’entendement ! Et qu’une entreprise cherche à maximiser ses profits en accordant la priorité à un pays où les marges sur les produits pharmaceutiques sont beaucoup plus importantes qu’en France, c’est proprement stupéfiant !

Mais alors, Monsieur le Président, Mmes les Ministres, la loi de l’offre et de la demande, la concurrence libre et non faussée, la création de valeur pour l’actionnaire, la main invisible du marché, la non-intervention de l’État, tout ce qui fonde votre politique depuis trois ans, tout cela n’aurait-il plus cours ? Ou alors, nous prenez vous une fois de plus pour des idiots en feignant l'indignation ?

Pendant que se jouait cette comédie, Emmanuel Macron a dû s'empresser de rassurer son ami Serge Weinberg, président du conseil d'administration de Sanofi et l'un de ceux qui lui ont mis le pied à l'étrier à l'époque de la commission Attali : « T'inquiète pas Serge, c'est juste pour amuser la galerie. Tu nous connais, on ne fera rien qui nuise à vos actionnaires. »

P.S. : Le Premier ministre a affirmé dans la journée que Serge Weinberg lui « a donné toutes les assurances nécessaires quant à la distribution en France d’un éventuel vaccin Sanofi » (voir ici). C'est le même Premier ministre qui a si brillamment géré l'approvisionnement en masques et en tests depuis trois mois. Nous voilà rassurés : on aura quelques vaccins.

Emmanuel Macron salue Serge Weinberg lors de son investiture © Aurelien Billy

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