Deuxième vague de Covid-19 : ce sont les mêmes bras cassés qui gèrent

Récit du parcours ubuesque pour un cas de Covid-19 dans une crèche.

Cela se passe à Rouen. Un cas de Covid-19 est signalé lundi chez un enfant qui est gardé dans une crèche. La directrice de l’établissement appelle l’ARS pour demander des instructions. En effet, l’hypothèse d’un enfant contaminé dans une structure collective était sans doute jugée fort improbable par l’ARS qui n’a donc pas défini et / ou diffusé de protocole à l’ensemble des crèches. Pourquoi bien anticiper quand on peut mal improviser ?

Réponse quelques heures plus tard : tous les parents doivent venir chercher et faire tester les enfants qui sont dans le même groupe que l’enfant contaminé (les enfants sont en effet répartis en groupes, constitués par tranche d’âge, sans communication entre les groupes). On parle ici de test RT-PCR pour des enfants âgés de 18 mois à un peu plus de deux ans… Le médecin de famille d'un de ces enfants trouve d'ailleurs anormal que l'ARS exige un test pour des enfants en si bas âge.

Branle-bas de combat pour les parents qui doivent eux-mêmes appeler les laboratoires pour obtenir un rendez-vous. Tous les laboratoires sont saturés, comme partout ailleurs en France, et après moult appels, le premier rendez-vous disponible est … lundi prochain, soit une semaine après la demande. Constituer des unités mobiles de testeurs pouvant se rendre rapidement dans les crèches ou les écoles était sans doute inconcevable pour les technocrates du ministère. Ah ! c'est vrai, il aurait fallu recruter et former du personnel. Cela ne fait jamais que 9 mois que ce virus circule, c'est un peu court pour organiser le dépistage. Gouverner, c'est prévoir disait-on, mais cela c'était l'ancien monde. Et puis, vous savez, il n'y a pas d'argent magique !

Autant laisser les parents se débrouiller chacun dans leur coin. Qu’importe puisque selon Olivier Véran, la France est dans « le peloton de tête » des pays en terme de dépistage du Covid-19, ce qui est faux comme à peu près tout ce qu’il raconte (même BFM-TV émet des doutes, c’est dire – voir ici).

Pendant ce temps, où une quinzaine d’enfants sont potentiellement contaminés mais ne peuvent être testés, un des parents de chacun de ces enfants doit rester à la maison pour le garder. Et pensez-vous que l’ARS (ou quelque autre structure du ministère de la Santé) a contacté les parents pour identifier les cas contact des enfants ? Que nenni, rien ne presse, n’est-ce pas ?

La bonne nouvelle, c’est que suite aux négociations menées par le gouvernement avec le virus, celui-ci a accepté de n’être plus contagieux après 7 jours. Du coup, la période d’isolement est désormais plus courte que le temps nécessaire pour se faire tester. Des génies, nos dirigeants !

Tout va bien : on est au mois de septembre et il fait beau. Imaginez ce qui va se passer d'ici quelques semaines quand les affections respiratoires saisonnières vont se multiplier chez les enfants…

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