Emmanuel Macron, son "cher Bibi" et l'oncle Donald

Faites preuve de retenue, Monsieur le Président ! Comme vous savez si bien le faire quand ce sont vos amis qui massacrent...

Le 14 mai dernier, l'armée israélienne perpétrait un massacre à la frontière de Gaza, tuant plus de 60 manifestants palestiniens et en blessant plus de 2000, selon un bilan qui risque encore de s'alourdir. Cette boucherie a provoqué l'indignation dans le monde entier et s'apparente à des crimes de guerre selon Amnesty International.

Fort heureusement, nos dirigeants ne se laissent pas aller à de tels accès de sensiblerie.

Alors que le président Trump se félicitait de ce "grand jour" pour Israël en célébrant le transfert de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem, l'Union Européenne appelait Israël et les Palestiniens à "la plus grande retenue", tandis que le ministre des Affaires Étrangères français demandait à l’ensemble des acteurs de "faire preuve de responsabilité". C'est vrai, quoi, ces Palestiniens qui jettent des pierres sont franchement irresponsables. Quant à l'armée israélienne, elle pourrait faire un effort en ne tuant qu'une petite trentaine de Palestiniens par manifestation afin de contenter nos diplomates.

Dans la soirée du 14 mai, l'Elysée publiait un communiqué à la suite d'un entretien d'Emmanuel Macron avec le roi de Jordanie et le président de l'Autorité Palestinienne. D'une incroyable fermeté, le président de la République y condamnait "les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants". Pour faire bonne mesure, il appelait lui aussi "tous les responsables à la retenue". Nous fumes rassurés car nous avions craint qu'il ne s'emporte.

Il y indiquait de plus qu'il s'entretiendrait le 15 mai avec le Premier ministre israélien. Le 16 mai au soir, il n'y a toujours compte rendu de cet entretien sur le site de l'Elysée. On tremble à l'idée que M. Macron ait pu formuler de vifs reproches à celui qu'il surnommait en décembre 2017 son "cher Bibi".

D'autant que l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont réclamé hier une commission d'enquête indépendante, sans doute dans un accès de jalousie visant à placer le "leader des marchés libres" dans une position délicate. S'il venait à s'associer à cette demande irresponsable, il ne manquerait pas de froisser son "cher Bibi" et de fâcher l'irascible oncle Donald, lequel pourrait bien ne plus vouloir lui tenir la main lors d'une prochaine rencontre. Quel gâchis ce serait !

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Pour un résumé de la politique de Macron en deux photos, voir ici.

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