Ouf ! La police peut toujours étrangler…

… « avec mesure et discernement » explique le Directeur général de la Police Nationale. Dire que l’on respire serait inapproprié mais nous voilà tout de même rassurés.

Le sketch dure depuis une semaine.

Le 8 juin, un pas en avant. Sommé par le président de la République de faire semblant de faire quelque chose au sujet des violences policières, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, annonce que la méthode d'interpellation de  « la prise par le cou, dite de l'étranglement sera abandonnée ». Le propos est ferme et sans appel.

Furieux, les syndicats de police mobilisent les troupes. Des manifestations ont lieu dans nombreuses villes, dont une à Paris place Beauvau, à deux pas de l’Élysée. A leurs yeux, sans la liberté d’étrangler, il n’est point de flic heureux.

Le 11 juin, un pas en arrière. Le ministre reçoit les syndicats et « fait preuve de remords ou de regrets par rapport à ces propos qu'il n'avait pas mesurés » selon Grégory Joron, du syndicat Unité SGP-FO (voir ici). Christophe Castaner aurait tenu des propos qu’il n’aurait pas mesurés ! Mais où vont-ils chercher cela ?

Le 12 juin, un nouveau pas en avant. Christophe Castaner et le secrétaire d’Etat Laurent Nuñez confirment que cette technique ne sera plus enseignée dans les écoles de police.

Le 15 juin, un nouveau pas en arrière. Le Directeur général de la Police Nationale Frédéric Veaux écrit dans une note que « la technique dite de “l’étranglement” continuera d’être mise en œuvre avec mesure et discernement et sera remplacée au fur et à mesure de la formation individuelle dispensée, sur la base des résultats des groupes de travail ». Car un « groupe de travail » a été formé par le ministre, et doit rendre ses conclusions pour le 1er septembre. Comme quoi, Christophe Castaner a bien assimilé les leçons de son illustre prédécesseur, Georges Clemenceau : « Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission. »

Puisque c’est avec « mesure et discernement », deux qualités amplement partagées au sein de la Police Nationale, on aurait tort de s’inquiéter du maintien de cette technique. Nos pandores, sous des dehors un peu bourrus, sont de grands sentimentaux et ils souffrent de ne pas être aimés par celles et ceux qu’ils tabassent. De temps à autre, ils y vont un peu fort, c’est vrai, et certains en meurent, certains plus que d’autres, selon leur couleur de peau. Mais, voyez-vous, c’est juste qu’ils sont passionnés par leur métier.

 © Fred Sochard © Fred Sochard
Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté ce dessin.

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