Gérald Darmanin, tout contre les femmes

On connaît le mot de Sacha Guitry à propos des femmes : « Je suis contre, tout contre ». Il a fait des émules dans le gouvernement de Jean Castex.

S’exprimant ce matin sur Europe 1, le nouveau ministre de l’Intérieur a déclaré : « Je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d’être victime de la chasse à l’homme à laquelle (sic) je suis l’objet » (voir ici).

M. Macron et ses ministres emploient à tout propos le verbe « libérer » s'agissant des énergies, des territoires, du travail, etc… Voici que M. Darmanin a aussi libéré la syntaxe de la langue française, ce qui ouvre des perspectives nouvelles pour l’accès aux plus hautes responsabilités.

Sur le fond, les actes qui sont reprochés au ministre de l'Intérieur sont connus et documentés, notamment par les SMS qu’il a échangés avec les femmes qui l’accusent (voir ici). La justice française dira (si l’exécutif lui en laisse la liberté) s’ils sont ou non constitutifs d’un viol. En attendant, on peut toutefois observer que le fait d’avoir utilisé le pouvoir lié à ses fonctions pour obtenir des faveurs sexuelles mettrait immédiatement fin à la carrière d’un homme politique dans de très nombreux pays.

Pas en France. Dans ce pays, sous la présidence de M. Macron, cela n'empêche pas un ministre d’avoir une promotion. Et pas n’importe laquelle puisque M. Darmanin est désormais le responsable hiérarchique de la police judiciaire chargée d’enquêter sur les faits qui lui sont reprochés.

Si, par extraordinaire, il se trouvait des fonctionnaires de police pour décider de donner à ces affaires des suites judiciaires sans craindre pour leur avancement, le ministre de l’Intérieur pourrait toujours compter sur son collègue ministre de la Justice, M. Dupond-Moretti. Ce dernier avait défendu l’ancien secrétaire d’Etat Georges Tron, lui aussi accusé de viol, en s’en prenant avec virulence aux plaignantes lors du procès se son client (voir ici).

Celui qui prend la posture de victime d'une « chasse à l’homme » n’a donc pas trop de raisons de s’inquiéter. D’autant que le président de la République lui a apporté son soutien, au nom de la « présomption d’innocence », après avoir eu avec lui une conversation « d’homme à homme »

Si Gérald Darmanin n’était pas ministre ou responsable politique et s’était appelé Moussa Ouakid comme son grand-père algérien, la présomption d’innocence aurait très rapidement cédé la place à une condamnation à de la prison ferme.

 © Aurel / Politis © Aurel / Politis

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