Le 6 mars : allez au théâtre ! Le 16 mars : nous sommes en guerre !

Les déclarations et l'action de l’exécutif depuis une dizaine de jours donnent la mesure de l’impéritie des dirigeants français.

Que s’est-il passé entre le 6 et 16 mars ? Le coronavirus aurait-il soudainement envahi la France en contournant notre ligne Maginot sanitaire ? Non, il ne s’est strictement rien passé qui n’était prévisible à 100%.

Le 6 mars au soir, il y avait déjà 613 cas de coronavirus déclarés en France et leur nombre doublait tous les 3 jours. En extrapolant cette croissance exponentielle (déjà observée et abondamment documentée en Chine, en Corée du Sud et Italie notamment), il était donc prévisible qu’il y aurait environ 6500 cas le 16 mars. Hier soir, il y en avait très précisément 6633…

Tandis que M. Macron incitait les Français à sortir au motif qu’il n’y avait « aucune raison de modifier nos  habitudes de sortie », le gouvernement italien décidait le confinement de la Lombardie avant de l’étendre le lendemain à l’ensemble du pays. Mais ce sont les Italiens, n’est-ce pas ? Toujours dans l’excès et l’improvisation. Les dirigeants français sont bien plus « intelligents » et bien plus « subtils ».

Commentant le 6 mars les mesures de confinement prises en Italie, le président de la République expliquait donc doctement : « Vous avez vu d'autres pays ou d'autres régions qui ont tout fermé. (…) Mais « si on ferme toutes les écoles, il y en a beaucoup qui ne pourront plus venir travailler. (…) Et donc 15 jours ou même 8 jours après, on devra dire qu'on rouvre les écoles pour que les soignants viennent travailler. Les gens vont dire: pourquoi vous rouvrez les écoles s'il fallait les fermer il y a 15 jours? Et là on crée la panique » (voir ici). Six jours plus tard, il décidait de fermer tous les établissements d’enseignement…

Le 6 mars toujours, après avoir visité un établissement pour personnes âgées et s'être attablé avec certaines d'entre elles, M. Macron avait appelé à respecter des « mesures de bon sens » et à protéger les plus fragiles … en évitant de « visiter nos anciens » (voir ici)…

Le 11 mars, le gouvernement décidait d’interdire les visites dans les EHPAD (voir ici) . Mais le 12 mars, M. Macron affirmait que « les scientifiques » considéraient que rien ne s'opposait à ce que les Français, « même les plus vulnérables », se rendent aux urnes…

Après avoir expliqué le 12 mars que « le virus n’a pas de passeport » (voir ici), le président de la République a annoncé le 16 mars que « les frontières à l'entrée de l'Union européenne et de l'espace Schengen [seraient] fermées » dès aujourd’hui (voir ici)…

Dix jours après avoir encouragé les Français à ne surtout pas modifier leurs habitudes et quatre jours après leur avoir demandé d’aller voter, M. Macron n’a pas manqué de morigéner hier soir celles et ceux qui se sont promenés dans les parcs de Paris dimanche…

Hier soir, le chef de l’État a répété à cinq reprises : « Nous sommes en guerre ». Pour autant, « mes chers compatriotes », « lisez, retrouvez aussi ce sens de l'essentiel. Je pense que c'est important dans les moments que nous vivons. La culture, l'éducation, le sens des choses est important. Et évitez l'esprit de panique »  (voir ici). Ce n’est qu’une guerre après tout, rien de bien méchant. Lisez donc un bon roman et tout ira bien.

Et puis, et surtout, il y a le matériel de protection, promis au personnel soignant depuis des semaines. Hier, le président nous a annoncé une nouvelle fois que c'est pour demain. Pour les malades confinés chez eux, les masques seront peut-être disponibles à la Saint-Glinglin. Il y a le matériel médical qui commence à manquer, il y a les services de réanimation, déjà saturés dans l'Est et bientôt dans toute la France.

Tout, et presque « en même temps » son contraire. On ne peut qu’être effaré devant tant d’incohérences et de contradictions dans les déclarations, tant d’amateurisme et d’improvisation dans les décisions, tant de négligence et d'incompétence.

En octobre 2017, le Guardian rapportait sous la plume d’Emmanuel Carrère ces propos tenus par M. Macron (voir ici): « Je ne suis pas fait pour diriger par temps calme. Mon prédécesseur l'était, mais moi je suis fait pour les tempêtes. »

On sait désormais qu’un émule du capitaine du Titanic a succédé au « capitaine de pédalo ». Le naufrage du Titanic a fait environ 1500 morts. Le bilan de l’incompétence du président de la République s’annonce beaucoup plus lourd.

 

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