Vitrines brisées ou manifestants éborgnés : le gouvernement a choisi

Comme à chacune des manifestations donnant lieu à d’importantes dégradations de biens, les « familles des vitrines » se sont bruyamment fait entendre à la suite de l’acte XVIII des gilets jaunes à Paris.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, s’est indignée des saccages de magasins samedi sur les Champs-Elysées: « Je suis extrêmement choquée par ces violences. Ce qui s’est passé est d’une violence inouïe. » Elle est beaucoup moins choquée lorsque les gilets jaunes sont victimes des violences policières à Paris. Les élections municipales approchent et elle préfère à l’évidence caresser les électeurs des beaux quartiers dans le sens du poil plutôt que de s’apitoyer sur les gueux de province qui servent de cibles dans les rues de la capitale.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, lui, a identifié la cause des « dysfonctionnements » : « Les polémiques sur l’usage des lanceurs de balles de défense ont conduit à ce que des consignes inappropriées soient passées pour réduire leur usage ». Les 22 éborgnés et les centaines de blessés recensés par David Dufresne (voir ici) apprécieront : ce qui est en cause, ce ne sont pas les mutilations et les blessures causées par les LBD mais les « polémiques » que suscite leur usage. Et ce qui est « inapproprié », ce n'est pas de les utiliser mais de vouloir réduire leur usage.

Au détour de cette phrase, il faut comprendre qu’entre les vitrines cassées et les manifestants blessés, le cœur du Premier ministre ne balance plus, si tant est qu'il ait jamais balancé. S’il faut quelques éborgnés de plus pour protéger les boutiques de luxe, qu’à cela ne tienne ! Quand on aime, on ne compte pas.

Enfin, le président de la République, furieux d’avoir dû écourter son séjour sur les pistes de ski, a rendu tous les manifestants collectivement responsable des violences  : « Tous ceux qui étaient là se sont rendus complices. » Quant aux casseurs, « ce sont des gens qui veulent détruire la République ». Le Fouquet’s, c’est donc maintenant la République. A vrai dire, le symbole est assez bien choisi pour ce régime.

La violence sociale, la précarisation des salariés, la casse des services publics, la fiscalité au service des plus riches, tout cela n’est pas très important. Ce qui est inacceptable aux yeux de M. Macron et de sa cour, ce sont les vitrines brisées dans les beaux quartiers.

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