En France, on n'a pas de masques mais on a des grenades de désencerclement

Gouverner, c’est prévoir, n’est-ce pas ?

En mai 2019, le ministère de l’Intérieur passait commande de 40000 grenades de désencerclement à destination de la Police Nationale et de la Gendarmerie Nationale (voir ici). Ce marché, d’une durée de 4 ans était attribué à la société Alsetex, qui se présentait il y a quelques années comme le « leader des produits pour la gestion démocratique des foules » (voir ici).

En juin 2019, le ministère de l’Intérieur passait un appel d’offres pour la commande de 25 millions de cartouches pour fusils d’assaut, destinés à la Police Nationale et à la Gendarmerie Nationale. Ce marché est lui aussi d’une durée de 4 ans (voir ici).

Pour ce qui est des masques FFP2 dont devraient être équipés tous les personnels soignants et qui manquent un peu partout, le ministre de la Santé reconnaissait le 3 mars l’inexistence de tout stock d’Etat (voir ici). Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il y a une dizaine d’années, le gouvernement de M. Fillon a décidé qu’il n’était pas nécessaire de renouveler les stocks stratégiques (600 millions de masques à l’époque). Et qu’aucun gouvernement n’a jugé utile de les reconstituer depuis dix ans.

Alors que l’épidémie s’est déclarée en Chine en décembre 2019 et que la ville de Wuhan a été placée en confinement le 21 janvier, ce n’est que le … 23 février que le ministre de la Santé annonçait la commande de dizaines de millions de masques FFP2 pour la médecine de ville. Bien trop tard évidemment car les carnets de commande des fabricants français étaient déjà remplis, notamment par des commandes du NHS britannique. « Ça fait six semaines qu’on leur dit qu’il va y avoir un problème », assurait début mars le directeur d’un site de production (voir ici).

Imagine-t-on les forces de l’ordre à court de stocks de LBD ou de grenades pour réprimer les mouvements sociaux ? Impensable, n’est-ce pas ? Pour nos « héros en blouse blanche » comme dirait le général en chef, on se contente en revanche de gérer à la petite semaine et on promet à chaque intervention devant les caméras que les masques vont être livrés dans les jours qui viennent. En attendant, à défaut de masques FFP2, les personnels soignants sont invités à mettre deux masques FFP1 (logique pour nos technocrates car 2 fois 1 égale 2), voire même un masque de tissu qu’ils confectionnent eux-mêmes, comme au CHU de Grenoble (voir ici).

Quant aux masques pour la population, la porte-parole du gouvernement, la bien-nommée Sibeth Ndiaye, nous a prévenus : « Les Français ne pourront pas acheter de masque dans les pharmacies, car ce n'est pas nécessaire si l'on n'est pas malade » (voir ici). Et comme il n’y a pas de dépistage  à grande échelle (comme en Corée du Sud), les futurs malades continueront de contaminer leur entourage jusqu’à l’apparition des symptômes.

Un tel étalage d’incurie et d’incompétence est proprement ahurissant.

Il faut nommer les responsables de ce scandale dont le bilan en vies humaines risque d’être beaucoup plus lourd que celui du sang contaminé :

  • les présidents de la République Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron
  • les Premiers ministres François Fillon, Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls et Edouard Philippe
  • les ministres de la Santé Roselyne Bachelot, Xavier Bertrand, Marisol Touraine et Agnès Buzyn

Les présidents de la République sont constitutionnellement irresponsables donc ils peuvent dormir tranquille.

Les Premiers ministres et ministres de la Santé, comme pour l’affaire du sang contaminé, devront répondre de leurs actes devant la justice. Mme Buzyn, au lieu de verser des larmes pour faire pleurer les lecteurs du Monde, devrait plutôt commencer de préparer sa défense.

 

 

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