Emmanuel Macron, les classes populaires et l’immigration

Un milieu familial très aisé, le lycée Henri IV, l’ENA, l’Inspection des finances, la banque d’affaires et l’Elysée : un tel parcours permet assurément de parler des classes populaires en toute connaissance de cause.

Fort de cette expérience et entouré de conseillers et d’élus qui, comme lui, sont issus des classes sociales prétendument supérieures, M. Macron ne manque jamais une occasion de parler des classes populaires dans des termes choisis : « ouvrières illettrées », « alcooliques », « fainéants », « jaloux », pauvres qui coûtent « un pognon de dingue », retraités qui devraient cesser de « se plaindre », chômeurs qui ne se donnent pas la peine de « traverser la rue » pour trouver du travail et « se payer un costard », etc…

Soudainement, voici que tous ces « gens qui ne sont rien » inquiètent le président de la République parce qu'ils « subissent » l’immigration tandis que « les bourgeois ne la croisent pas » (voir ici).

Pourtant, celles qui promènent les rejetons des bourgeois parisiens dans le parc Monceau sont bien des immigrées, tout comme beaucoup de celles qui s’occupent de leurs aînés dans les EHPAD privés ou de ceux qui ramassent leurs ordures tard le soir ou tôt le matin.

De plus, la proportion d’immigrés résidant dans les beaux quartiers de l’Ouest parisien est supérieure à la moyenne nationale. Ne faudrait-il pas aussi s’inquiéter de ce que « subissent » les bourgeois d’Auteuil, Neuilly, Passy ? Pardon, je m’égare, ces immigrés-là sont riches, blancs et ne fréquentent pas les mosquées donc ils ne présentent aucun danger aux yeux du président de la République.

Revenons-en aux classes populaires et aux immigrés qui constituent deux catégories disjointes dans les propos de M. Macron, les premières « subissant » les seconds. Cela signifie que le chef de l’État s’adresse exclusivement aux classes populaires blanches, aux « Français de souche » comme disent ses nouveaux compagnons de route idéologique. N’y voyez surtout pas une forme quelconque de racisme, c’est juste que parmi « les gens qui ne sont rien », il y en a qui sont moins que rien. D’ailleurs, beaucoup n’ont pas le droit de vote donc à quoi bon prendre des pincettes.

Pour autant, les « petits blancs » en quelque sorte sont loin d'être aussi « intelligents » et aussi « subtils » que les élites éclairées En Marche (voir ici). Pensez donc, ces gens « fument la clope » et « roulent en Diesel » : ils ne peuvent donc être mus que par leurs « passions tristes » comme dirait le candidat officiel du régime à la mairie de Paris (voir ici et ).

Peu importe qu’il y ait beaucoup plus de couples mixtes dans les quartiers populaires qu’au sein de la bourgeoisie d’Amiens ou du Touquet, ces gens n’ayant pas fait d’études supérieures sont par essence des racistes et il convient de les caresser dans le sens (supposé) du poil pour les remettre En Marche.

Le président de la République est en réalité fort marri et très inquiet. Fort marri, car dans le mouvement des gilets jaunes (à part une toute petite minorité), l’immigration n’a jamais constitué un thème de revendication, et ce n'est pas faute d'avoir essayé, notamment à l'occasion du grand Blabla national. Très inquiet, car les revendications étaient sociales (injustices, fiscalité, bas salaires) et politiques (démocratie participative).

Dans leur très grande majorité, les classes populaires ont bien compris que ceux qui leur faisaient les poches afin de financer les baisses d’impôts pour les plus riches et pour les multinationales, c’était M. Macron, son gouvernement et sa majorité parlementaire et non pas les immigrés.

L’heure est donc venue d’agiter le chiffon rouge de l’immigration pour éviter que le taureau des classes populaires ne fonce sur le torero Macron.

© Fred Sochard © Fred Sochard

Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté ce dessin.

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