Les sous-marins australiens et le caniche qui mordille les rangers de l’oncle Sam

Suite à l’annonce du partenariat stratégique  « AUKUS » et à la rupture du contrat de fourniture de sous-marins à l’Australie, le président de la République a pris des mesures de représailles sans précédent : la soirée de gala prévue à l’ambassade de France à Washington pour célébrer la bataille de Chesapeake a été annulée.

Jeudi matin, au micro de France Info, Jean-Yves Le Drian s’est fâché tout rouge à propos de la rupture du contrat par l'Australie et de l'annonce du partenariat entre États-Unis, Grande-Bretagne et Australie : « Je suis en colère, ça ne se fait pas entre alliés. (…) C'est un coup dans le dos ». Le ministre des Affaires étrangères a exprimé « beaucoup d'amertume sur cette rupture ».

Ce registre lexical, qui est celui de l’amitié brisée voire du dépit amoureux, montre à quel point les amateurs – et fiers de l'être – qui feignent de diriger ce pays ont perdu de vue ce qui est l’essence même des rapports entre États, et plus particulièrement entre les pays dominants et les pays dominés. A l’Élysée, où l’on se pique de « diplomatie gaullo-mitterrandienne », on semble précisément avoir oublié de Gaulle : « Les États n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. » Quant aux États-Unis, ils n’ont que des ennemis et des vassaux.

A part l’annulation d'une soirée de gala à Washington et le rappel de ses ambassadeurs aux États-Unis et en Australie, que va faire la France ? Pour répondre à cette question, il suffit de rappeler que M. Macron est celui qui a vendu en 2014 à General Electric les activités énergie d’Alstom, parmi lesquelles les turbines nucléaires Arabelle qui équipent les centrales nucléaires françaises et le porte-avions « Charles de Gaulle ». Si la France allait au-delà de protestations convenues, sans suite et sans effet, les Etats-Unis ne manqueraient pas de lui rappeler sa dépendance dans ce domaine, comme dans tant d’autres. Comme ils l’avaient fait en 2003 lorsque la France refusa de s’engager dans la guerre en Irak (voir ici et ).

Après des lustres de « mondialisation heureuse » où des banquiers d’affaires comme M. Macron ont fait fortune en vendant les bijoux de famille à « nos alliés » et où des ministres comme M. Le Drian ont équipé le ministère de la Défense avec des logiciels Microsoft, la marge de manœuvre dont dispose la France est plus que limitée, sauf à s’engager dans une épreuve de force dont ces nains politiques n'ont ni la volonté, ni le courage ni les moyens.

Le caniche de l’Élysée va donc mordiller les rangers de Joe Biden pendant quelques jours, puis retournera à la niche dès que ce dernier daignera lui jeter quelques sucres. Comme d'habitude.

Donald Trump et Emmanuel Macron lors de sa visite à la Maison Blanche en avril 2018. © Reuters Donald Trump et Emmanuel Macron lors de sa visite à la Maison Blanche en avril 2018. © Reuters

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