Notre-Dame, les SDF et les migrants

« L’honneur d’un pays ne réside pas dans la beauté de ses monuments, mais bien dans le fait que tous ses habitants aient un toit. » Abbé Pierre

L’incendie qui a dévasté Notre-Dame de Paris a révélé le grand intérêt que le président de la République porte aux monuments historiques. Oh, pas n’importe lesquels toutefois, pas les petites églises ou les petits châteaux qui tombent en ruine faute de budget pour les rénover. Car, tant pour les monuments que pour les gens, M. Macron préfère « ceux qui réussissent » à « ceux qui ne sont rien ».

Notre nouveau conservateur du patrimoine a décidé que la cathédrale serait reconstruite en cinq ans, pour les Jeux Olympiques de 2024. Sans doute y a-t-il des épreuves prévues dans la cathédrale. Le Premier ministre a annoncé le lancement d’un concours national d’architecture qui « permettra de trancher la question de savoir s'il faut reconstruire une flèche à l'identique ou s'il faut une nouvelle flèche adaptée aux techniques et aux enjeux de notre époque ». Il faut donc reconstruire une flèche, c’est entendu, mais faut-il qu’elle soit adaptée « aux enjeux de notre époque ». Avec les logos des sponsors par exemple ?

Allocution du président de la République, lancement d’une souscription nationale, téléthon des champions de l’évasion fiscale qui font assaut de « générosité » à coup de centaines de millions d’euros qu’ils ont soustraits au fisc, Notre-Dame a visiblement beaucoup touché M. Macron et ses amis oligarques.

Beaucoup plus que les 566 SDF qui sont morts dans la rue en 2018. La Fondation Abbé Pierre, comme de nombreuses associations, reçoit moins de dons depuis la suppression de l’ISF par M. Macron. C’est que la « générosité » des plus fortunés est indexée sur les déductions fiscales qu’elle permet d’obtenir.

Beaucoup plus que les réfugiés qui meurent en Méditerranée en tentant de rejoindre une Europe qui les rejette. Les associations qui leur viennent en aide sont accusées d’être « complices des passeurs » par M. Castaner.

Pour ces hommes et ces femmes, point d’allocution présidentielle et point de dons des grands patrons du CAC40.

Ainsi va La République en Marche : pour Notre-Dame de Paris, tout. Pour les Misérables, rien.

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