Macron, McFly, Carlito et les sous-marins perdus

Aux esprits chagrins qui s’étonnent que la France n’ait découvert la rupture du « contrat du siècle » avec l’Australie que quelques heures avant son annonce officielle, il faut rappeler les formidables défis que le président de la République a dû relever ces derniers temps.

D’aucuns prétendent que les signaux avant-coureurs d’un revirement du gouvernement australien n’ont pourtant pas manqué. Selon eux, la simple lecture de la presse australienne aurait dû mettre la puce à l’oreille de nos dirigeants, par exemple cet article du Sydney Morning Herald du 2 juin dernier qui évoquait ouvertement un plan B. Ces critiques superficielles sur la perte d’un vulgaire contrat de fourniture de quincaillerie militaire font l’impasse sur la nature hautement stratégique de l'action du président de la République durant ces derniers mois.

Qu’on en juge.

Le 11 juin, M. Macron accordait une dérogation pour permettre aux spectateurs d’une demi-finale de tennis à Roland-Garros de rester après le couvre-feu. « En même temps », sa police dispersait sans ménagement quelques centaines de jeunes qui s'étaient rassemblés pour une fête sur l'esplanade des Invalides. Que n’avaient-ils acheté un billet pour Roland-Garros comme le font les amis du président ?

Le 21 juin, le président de la République inaugurait la Samaritaine avec le propriétaire des lieux, Bernard Arnault, PDG de LVMH et grand ami du couple présidentiel. Madame enseigna aux enfants Arnault à l’école Franklin et est habillée par les maisons de haute couture appartenant au papa. Cela crée des liens.

Le 21 juin encore, Emmanuel Macron recevait Justin Bieber à l’Élysée, pour « discuter de questions relatives à la jeunesse ». Le soir même, à l’occasion de la fête de la Musique, c’est Jean-Michel Jarre qui donnait un concert dans les jardins du palais, devant 300 invités. La petite histoire ne dit pas s’il a « discuté de questions relatives à la vieillesse » avec ses hôtes.

Le 1er juillet, dans un entretien au journal Elle, le chef de l’Etat se déclarait hostile au crop-top dans les collèges et lycées et exigeait une « tenue correcte ». Car si M. Macron goûte fort les torses nus et luisants de la gent masculine (comme en témoignent les images de son voyage à Saint-Barth), il n’en va pas de même pour les nombrils des jeunes filles.

Le 12 août, le président décidait de suspendre un décret, paru la veille au Journal Officiel, qui instituait le contrôle technique des motos à partir du 1er janvier 2023. « Ce n'est pas le moment d’embêter davantage les Français » selon les conseillers de l’Élysée. Du moins les motards. En ce qui concerne les soignants suspendus depuis le 15 septembre, c’est une autre histoire.

Le 2 septembre, M. Macron trouva le moment opportun pour relever le défi - pardon, le challenge - que lui avaient lancé McFly et Carlito : afficher une photo d’eux à l’occasion d’un de ses discours. C’est ce qu’il fit avec une grande dignité, à l’occasion de la rentrée scolaire, en montrant une photographie du duo avant de rendre hommage au professeur Samuel Paty, assassiné par un terroriste il y a un an.

Le 13 septembre, le président de la République réunissait les médaillés olympiques et paralympiques aux Jeux de Tokyo pour une cérémonie au palais de l’Élysée. A cette occasion, il ne manqua pas de les morigéner pour les « résultats mitigés » obtenus par les athlètes français. Tel un concessionnaire automobile mécontent des performances de ses vendeurs, il leur a déclaré que les résultats n’étaient pas ceux qu’il attendait et qu'il leur faudrait faire beaucoup mieux en 2024.

Le 14 septembre, à l'occasion de son discours pour clore le « Beauvau de la sécurité », M. Macron, annonçait que les policiers seraient dotés d'une nouvelle tenue à partir de 2022. Un nouveau « polo modernisé » et un calot au lieu de la casquette, élaborés par les écoles de mode et de design, c'est l'élégance à la française mise au service de la répression policière. Une contribution supplémentaire au rayonnement international de notre pays.

Pendant que le président de la République se consacrait à ces dossiers hautement stratégiques avec l’esprit de décision et le courage qu’on lui connait, le besogneux M. Biden s’employait à faire avancer quelques dossiers mineurs.

Au mois de mai, le président des États-Unis annonçait le retrait unilatéral et sans conditions des troupes américaines d’Afghanistan au plus tard au 11 septembre 2021. Sans consultation de ses « alliés », dont la France.

Le 30 juin, à la suite d’une visite de Joe Biden, la Suisse faisait connaître sa décision d’acquérir des avions F-35. Au détriment du Rafale poussé par le gouvernement français.

Le 15 septembre, le président des États-Unis, le premier ministre britannique et le premier ministre australien lançaient un pacte trilatéral de sécurité dans la zone indo-pacifique, mettant ainsi fin au « contrat du siècle » signé en 2016 pour la fourniture de 12 sous-marins de fabrication française à l'Australie.

D’aucuns voient dans ces annonces la confirmation de la perte d’influence de la France sur la scène internationale et en rendent responsable le président de la République. Soyons sérieux ! Le monde entier nous envie cet homme d’État qui discute de la jeunesse avec Justin Bieber, relève avec brio les redoutables défis de McFly et Carlito, et porte la plus grande attention à la longueur des hauts des collégiennes.

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