Augusto Piñera ou Sebastián Pinochet

Après que l'état d'urgence a été décrété hier par le président chilien Sebastián Piñera, le commandement militaire a décrété le couvre-feu à Santiago et Valparaiso.

Pour la première fois depuis la fin de la dictature de Pinochet, l'état d'urgence et le couvre-feu ont été décrétés au Chili. Les militaires sont de nouveau dans les rues de Santiago de Chile, évoquant de terribles souvenirs. Et, comme sous la dictature, des concerts de casserole se font entendre dans Santiago ce soir.

#ChileDesperto, le "Chili s'est réveillé" est l'un des hashtags les plus partagés sur les réseaux sociaux ce soir. Ce mouvement social est né de la contestation de la hausse du prix des transports urbains (de 800 à 830 pesos le billet). Mais comme la hausse des taxes sur le carburant pour les gilets jaunes en France, ce n'est que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Le Chili, qui a été le laboratoire des politiques néo-libérales il y 40 ans, est devenu l'un des pays les plus inégalitaires du monde. Et les gouvernements qui se sont succédé depuis le départ de Pinochet n'ont pas vraiment remis en cause la politique économique et anti-sociale de la dictature.

Le président Piñera exécute cette politique avec une brutalité qui est à l'origine de cette explosion sociale. Comme un certain Emmanuel Macron en France. Le parallèle avec la situation en France ne s'arrête d'ailleurs pas là. Depuis hier, le président et ses ministres condamnent la "violence" et les "délinquants". Les chaînes de télévision passent en boucle les images de locaux incendiés ou pillés. Et la réponse est la même à Paris et à Santiago : la force et la répression policière.

A Santiago, comme à Quito, à Beyrouth ou à Paris, la fabrique du consentement  n'est plus suffisante pour obtenir l'adhésion des classes populaires à des politiques qui les plongent chaque jour un peu plus dans la misère. Il reste donc la police ou l'armée, pour réprimer les mouvements sociaux. "Par la raison ou par la force", telle est la devise de la République du Chili. Piñera a choisi la force.

Dans son dernier discours le 11 septembre 1973, alors que le palais présidentiel de la Moneda était bombardé par l'aviation, le président Salvador Allende s'adressait dans ces termes au peuple chilien : "Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais nul ne retient les avancées sociales avec le crime et la force. L'Histoire est à nous, c'est le peuple qui la construit. (...) Allez de l'avant tout en sachant que bientôt s'ouvriront de grandes avenues sur lesquelles passeront des hommes libres de construire une société meilleure.

Quarante-six plus tard, les "hommes libres" sont de nouveau dans les rues et les avenues de Santiago et de nombreuses autres villes chiliennes dans l’espoir de  "construire une société meilleure."

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