Feu l'État de droit

« Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot : la police partout, la justice nulle part. » Victor Hugo

Dans quel pays le président de la République donne-t-il carte blanche à sa police pour blesser et mutiler des manifestants, pour tabasser les « street medics » qui leur viennent en aide ou pour lancer des grenades sur des journalistes et les arrêter ? Le Venezuela ? La Russie ?

Dans ce pays, un mouvement social de grande ampleur a pris naissance il y a cinq mois. A ce jour, une personne a été tuée par la police, 5 ont eu la main arrachée par des grenades, 23 ont été éborgnées par des tirs de lanceur de balle de défense (sic) et plus de 250 ont été gravement blessées à la tête (voir ici).

Le ministère de la Santé a donné des instructions pour que les manifestants blessés et admis dans les services d'urgence soient enregistrés dans un fichier qui est aussi accessible par les services du ministère de l’Intérieur (voir ici).

Une justice expéditive a déjà condamné plus de 2000 personnes dont 40 % à des peines de prison ferme, le plus souvent pour des faits mineurs voire insignifiants.

Le Parlement, dont la chambre basse est contrôlée par une majorité à la botte de l’exécutif, vient de voter une loi restreignant plus encore le droit de manifester, déjà fortement entravé par l’application de dispositions d’une loi prétendument « anti-terroriste » votée en fin d’année dernière.

Les radios et les télévisions d’état ainsi que 90% des médias privés (qui appartiennent aux oligarques amis du président) relaient sans vergogne la propagande du gouvernement.

Dans des conditions de plus en plus difficiles, des journalistes indépendants essaient néanmoins de faire ce qui est la raison d'être d'une presse libre dans un État de droit : documenter et publier ce que le pouvoir voudrait cacher.

Le président de la République de ce pays a donc décidé qu’il convenait de faire taire ces voix qui osent encore montrer et décrire la violence de la répression.

Ce samedi 20 avril, 23ème samedi de manifestation, un journaliste indépendant, déjà fiché par les services de renseignement du régime, a été interpellé par la police, menotté et placé en garde à vue. Il était toujours en garde à vue le lundi 22 avril au matin. Un autre journaliste a aussi été interpellé et placé en garde à vue pendant 8 heures.

Ce même jour, plusieurs journalistes ont été blessés par des grenades de désencerclement ou des grenades lacrymogènes ou encore visés par des tirs de lanceur de balle de défense.

L’organisation Reporters sans frontières a dénoncé « un sombre bilan » de la journée de samedi, marquée par « deux journalistes indépendants interpellés et plusieurs autres ciblés par des tirs de LBD alors qu’ils étaient clairement identifiés Presse. L’information est un droit ! », rappelle RSF.

Ce pays dans lequel l’État de droit est chaque jour bafoué par le régime en place, ce n’est ni le Venezuela dirigé par M. Maduro, ni la Russie présidée par M. Poutine.

Ce pays, c’est la France. Ce président de la République, c'est M. Macron.

 

 

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