Allez les bruns !

Le 19 mai, devant l’Assemblée Nationale, ils étaient venus, ils étaient tous là : les amis de 30 ans comme les plus récents, mais pas les moins enthousiastes. De Bardella à Roussel en passant par Bertrand, Faure et Jadot, c’était presque l’union nationale autour des bleus-bruns.

Ah ! mes amis quel jour de fête ! Ils ont marché sous les drapeaux ! Qu’elle était belle cette manifestation ! Blanche, très blanche, masculine, très masculine, aucune femme voilée. Rien à voir avec ces hordes haineuses de fémino-islamo-gauchistes qui envahissent régulièrement les rues de notre belle capitale. Et pas une seule échauffourée, ce qui démontre bien qu’il n’y pas de violences policières dans les manifestations puisque tout se passe bien quand il n’y a que des flics qui battent le pavé.

Il y avait les bleu-blanc-brun de toujours. Éric Zemmour et Philippe de Villiers, applaudis par les policiers qui ont eu le tact de ne pas les verbaliser pour non-port du masque. Pas de ça entre amis tout de même. Et Jordan Bardella qui ne pouvait pas manquer cet évènement. Pensez donc, une manifestation devant l’Assemblée Nationale : il tenait là son 6 février 1934.

Il y avait Xavier Bertrand qui déclarait que « le premier problème, c’est la réponse pénale, c’est la justice qui doit juger plus vite et beaucoup plus fort ». Et Fabien Vanhemelryck, secrétaire national du syndicat Alliance Police Nationale qui a identifié le même problème que Xavier Bertrand : « Le problème de la police, c’est la justice ».

Il y avait Olivier Faure, premier secrétaire du PS, qui a su trouver les mots justes pour ses camarades de manifestation : « La réalité c’est qu’il faut que la police (…) puisse suivre, continuer à avoir un avis sur la question et je dirais même jusqu’au moment des aménagements de peine, qu’ils aient un droit de regard... même si évidemment on ne va pas remplacer les juges par les policiers. » Non, il ne va pas remplacer les juges par les policiers. Enfin pas encore, il va juste demander aux seconds de faire marcher au pas les premiers.

Il y avait François Bersani, secrétaire du syndicat SGP Police dans les Yvelines qui a de grandes ambitions : « Nul doute que si cette mobilisation s’avère très efficace aujourd’hui, les digues cèderont, c’est-à-dire les contraintes de la constitution, de la loi » Cela tombe bien, il sait qu’il pourra compter sur Olivier Faure pour faire « céder les digues ».

Il y avait Yannick Jadot, député européen EELV et candidat déclaré à la présidentielle de 2022. Lui qui condamnait vigoureusement les manifestations des gilets jaunes et reprenait à son compte les élucubrations de Christophe Castaner sur la prétendue intrusion à l’hôpital de la Salpêtrière le 2 mai 2019 était évidemment plus à son aise au milieu des drapeaux du syndicat Alliance.

Il y avait Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, qui s’est fait plutôt discret pour le coup. C’est peu de dire que sa présence ne faisait pas l’unanimité dans son parti (voir ici). Peut-être la mémoire des militants communistes assassinés le 8 février 1962 au métro Charonne par la police nationale, sous les ordres d'un préfet, Maurice Papon, révéré par les nouveaux compagnons de route de M. Roussel ?

Enfin, la fête n’aurait pas été complète sans la présence du préfet Lallement, pour une fois « dans le même camp » que les manifestants, et surtout celle du ministre de l’Intérieur, manifestant … contre le gouvernement auquel il appartient. Il a une fois de plus déclaré sa flamme aux policiers : « Tous les matins quand je me lève, tous les soirs quand je me couche, je pense à vous. » Pour reprendre une expression qu’affectionne le président de la République, on serait tenté de penser que les propos de Gérald Darmanin, « c’est de la pipe », mais cela pourrait être mal interprété.

J’oubliais : il y avait 35 000 manifestants selon la police, enfin, je veux dire les organisateurs, on s’y perd. La préfecture de police, si prompte à diviser par 5 ou 10 le nombre de participants à toute manifestation, « n’a pas souhaité communiquer le chiffre de la participation » (voir ici). Les préposés au comptage étaient-ils aussi dans la rue ?

« La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

« Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution. ».

Ce sont les articles 12 et 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, ces principes d’un autre âge qu’il est temps de jeter aux orties selon la quasi-totalité des syndicats de police et de très nombreux responsables politiques de ce pays.

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