Emmanuel Macron, dindon de la farce européenne

« Le plan de relance, c’est un changement historique de notre Europe et de notre zone Euro. » Emmanuel Macron, le 21 juillet 2020.

Rien moins qu’« historique » selon le président de la République qui s’exprimait lors d’une conférence de presse à Bruxelles, cet accord des 27 pays de l’UE sur un plan de relance a donc été immédiatement célébré comme tel par le journal officiel de la Macronie : « Après 90 heures de négociations, les Européens adoptent un plan de relance historique » a affirmé avec enthousiasme Le Monde. Pourquoi faire dans la nuance quand on peut faire dans la louange ?

Sur un total de 390 Mds€ de subventions qui seront réparties entre les pays membres de l’UE, la France touchera 40 Mds€ selon M. Macron. Non pas « dès maintenant » comme l’a affirmé aujourd’hui le ministre de l'Économie Bruno Le Maire (« la relance, c’est maintenant », voir ici), mais sur 3 ans (70% en 2021-2022, 30% en 2023) comme le précise le document publié par la Commission Européenne. Cette somme représente … 1,6% du PIB de la France en 2019, PIB qui va baisser d’environ 10% en 2020 en raison de la crise économique déclenchée par la pandémie de Covid-19. Pour compenser une baisse de plus de 220 Mds€ de son PIB cette année, la France va donc recevoir 40 Mds€ sur trois ans au titre de ce plan de relance « historique ».

Ces chiffres donnent la mesure du caractère historiquement dérisoire de ce plan qui n’est qu’un cataplasme sur une jambe de bois, et qui doit encore être approuvé par les Parlements des 27 pays de l'UE. Il n'est pas inutile de rappeler que le montant annuel des exonérations de cotisations sociales en France est de plus de 50 Mds€, et qu'il contribue principalement à augmenter les dividendes versés par les grandes entreprises.

Toutefois, le plus intéressant n’est pas dans cette somme ridiculement faible mais dans les concessions qu’Emmanuel Macron a faites pour obtenir cet accord. Ainsi, cinq pays (Allemagne, Pays-Bas, Suède, Autriche, Danemark) ont obtenu un rabais annuel de leur contribution au budget de l'UE sur la période budgétaire 2021-2027. Le montant brut cumulatif de ces rabais sur 7 ans sera de 53 Mds€ - dont près de la moitié pour l'Allemagne - et sera compensé par chaque pays membre au prorata de son PIB, soit environ 17% pour la France. Les pays les plus pauvres de l’UE vont donc subventionner les pays les plus riches : voilà une forme de ruissellement qui nous est bien familière. Et la France y contribuera à hauteur de 9 Mds€ : la subvention 40 Mds€ bruts est donc réduite à 31 Mds€ nets.

Mais ce n’est pas tout car ces subventions seront financées par un emprunt qu’il faudra rembourser. M. Macron nous explique que cela se fera par la création d’une fiscalité européenne (taxe plastique, taxe numérique, taxe carbone aux frontières de l’UE). Voire… Le moment venu, il suffira du véto d’un paradis fiscal de l'UE (Luxembourg, Irlande, Pays-Bas) sur la création de ces nouvelles taxes ou d'un froncement de sourcils des Etats-Unis ou de la Chine pour dégonfler cette baudruche. Par conséquent, le plus probable est que ce remboursement se fera essentiellement en prélevant le principal et les intérêts sur le budget de l’UE, lequel est financé par chaque pays membre au prorata de son PIB. La France devra donc assumer 17% du remboursement du montant de 390 Mds€, soit 66 Mds€ : le double du montant net qu’elle va recevoir.

M. Macron a donc en effet conclu un accord historique : au lieu d’emprunter et de rembourser 30 Mds€, la France va recevoir 30 Mds€, devra obtenir l’accord de l’UE sur son utilisation et remboursera le double. Il est vrai que le remboursement de cette dette se fera d'ici ... 2058 et que M. Macron jouira pendant tout ce temps d’une paisible retraite de président de la République, payée par les contribuables. Les mêmes qui paieront l’ardoise qu’il va laisser grâce à ses talents de négociateur.

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