M. Macron harcèlera-t-il les islamistes « dans les chiottes » ?

Les récentes déclarations du président de la République et de son ministre de l'Intérieur ont des accents de plus en plus « poutiniens »

Comme le rappelle ici et Ellen Salvi, il est loin le temps où M. Macron affirmait à propos des « laïcistes » et de leur conception de la laïcité : « Au fond ce n’est pas la laïcité dont les gens parlent, ils parlent de leur rapport à l’islam. (…) La folie, c’est qu’on ravive ces débats dès qu’il y a un attentat. »

C’était en novembre 2016 quand le candidat Macron cherchait à se démarquer de Manuel Valls qu’il considérait comme un rival potentiel lors de la présidentielle de 2017. Depuis l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, l’heure n’est plus à se démarquer de Manuel Valls mais à singer le compagnon de route de l'extrême-droite espagnole. Et puis, c’est bien connu, les promesses électorales n’engagent que ceux qui les écoutent.

MM. Macron et Darmanin rivalisent donc de formules guerrières depuis 3 jours.

« La peur va changer de camp. »

« Les islamistes ne doivent pas pouvoir dormir tranquilles dans notre pays. »

« Pas une minute de répit pour les ennemis de la République. »

« Harceler ceux qui propagent le séparatisme »

Mais qui peuvent bien être ces ennemis de la République qu’il convient dorénavant de harceler toutes affaires cessantes ? Il ne s’agit pas des terroristes puisque le ministère de l’Intérieur a lancé des opérations de police « sans lien direct » avec l’attentat mais avec « un lien idéologique général » (voir ici). Les individus ou associations visées ne tombaient pas sous le coup de la loi jusqu’à ces derniers jours car si c’était le cas, il faudrait que le ministre de l’Intérieur nous explique pourquoi il n’a pas agi plus tôt. Et les « visites domiciliaires » (délicieuse expression orwellienne qui remplace désormais la perquisition depuis la loi SILT) ne sont pas en lien avec l’attentat nous dit-on. Alors, que leur reproche-t-on place Beauvau ? « Nous avons envie de faire passer un message » a tout simplement déclaré M. Darmanin.

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Emmanuel Macron s’est d’ailleurs adressé à un expert en « passage de message » en s’entretenant par téléphone avec Vladimir Poutine ce mardi 20 octobre (voir ici). Selon l’Élysée, le président français a « souhaité un renforcement de la coopération franco-russe en matière de lutte contre le terrorisme et d'immigration clandestine » tandis que le Kremlin a fait savoir que « les deux parties ont réaffirmé leur intérêt mutuel à intensifier les efforts conjoints pour lutter contre le terrorisme et la propagation de l'idéologie extrémiste ».

Si le chef de l’État n’en est pas (pas encore ?) à vouloir « buter » les islamistes « dans les chiottes » selon l’expression toute en finesse de M. Poutine en 1999, il ne fait aucun doute que ce dernier pourra donner de précieux conseils pour empêcher de « dormir tranquille » et « harceler » les « ennemis de la République ».

Ainsi sombre la République française sous la présidence de M. Macron. On y envoie la police dès potron-minet pour « faire passer un message » à ceux dont l’idéologie déplait. L’extrême-droite n’a plus besoin de gagner les élections : ses idées sont au pouvoir et ses méthodes aussi.

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