Le trumpisme, stade suprême du macronisme

Au-delà des différences de personnalité et de style entre Donald Trump et Emmanuel Macron, l'un et l'autre ont « des préjugés de classe en guise d’idées [et] de la vanité en guise de cœur » pour reprendre les mots de Marx à propos d'Adolphe Thiers. Mais surtout, leurs convergences idéologiques et la similitude de leurs politiques sont de plus en plus frappantes.

Dès le début de leur mandat respectif, les deux présidents ont mis en œuvre une politique économique favorable aux plus fortunés et aux multinationales : baisses massives d’impôts pour les plus riches et pour les sociétés.

Si les discours de l’un et de l’autre semblaient s’opposer sur le climat, le « greenwashing » qui tient lieu de politique au président français n’est dans les faits pas très éloigné de celle de l’ancien président des États-Unis comme le démontre la mascarade de la loi climat.

Donald Trump sous-traitait le contrôle des flux migratoires en provenance d’Amérique Centrale au Mexique tandis qu’Emmanuel Macron confie cette sale besogne à la Turquie et à la Libye vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’Afrique. Point n’est besoin d’édifier à la frontière sud de la France un mur comme le fit Donald Trump à la frontière mexicaine, la Méditerranée y pourvoit. Ici les réfugiés se noient, là-bas ils meurent dans le désert.

L’ICE aux États-Unis et la police nationale en France organisent la chasse aux immigrés clandestins afin de les expulser. De part et d’autre de l’Atlantique, des enfants sont enfermés dans des centres de rétention. S’ils ne sont pas encore séparés de leurs parents en France, ce n’est peut-être qu’une question de temps.

Tandis que M. Trump caressait les suprémacistes blancs dans le sens du poil, M. Macron flatte les électeurs d'extrême-droite. L'agitation permanente de thèmes identitaires par les deux présidents a la même fonction : dissimuler leur politique de classe derrière un écran de fumée entretenu par quelques idéologues et les chaînes de désinformation en continu (Zemmour et CNews ici, Bannon et Fox News là-bas). Pour les deux dirigeants, la violence et le racisme systémiques dans la police n'existent pas.

La pandémie de Covid-19 a révélé de nouvelles convergences entre MM. Trump et Macron. Les États-Unis et la France font partie des pays développés ayant le plus mal géré cette crise. Dans une évaluation de la réponse à l’épidémie dans 102 pays, l’institut Lowy classe la France à la 71e place et les États-Unis à la 96e. Il est toutefois probable que l’écart va se réduire car la campagne de vaccination outre-Atlantique progresse bien plus rapidement qu’en France.

Si, dans un premier temps, le président français a paru soucieux de limiter le nombre de victimes de l’épidémie tandis que M. Trump affichait son indifférence, il est de plus en plus évident depuis le début de cette année que M. Macron a désormais décidé de laisser circuler le virus, c’est-à-dire en fait de laisser mourir un nombre de plus en plus important de nos concitoyens, que ce soit du Covid-19 ou d'autres maladies non traitées du fait de la saturation des hôpitaux.

Tandis que le président des États-Unis se refusait à porter un masque et déconseillait à ses supporters d’en porter un, le président français et son gouvernement ont expliqué pendant des mois que les masques étaient inutiles voire même dangereux.

Enfin, si M. Trump n’a jamais manqué une occasion de dénigrer les scientifiques tandis que M. Macron justifiait toutes ses décisions au nom de « la science » au début de l’épidémie, cette différence aussi s’est estompée. Du déni de la contamination en milieu scolaire par M. Blanquer à la falsification de données présentées au Parlement par M. Castex en passant par la rétention des avis du Conseil scientifique quand ses recommandations déplaisent au régime, l'obscurantisme et les « faits alternatifs » sévissent à l’Élysée sous M. Macron comme il sévissaient à la Maison Blanche sous M. Trump.

Les yeux de Chimène © Ludovic MARIN / AFP Les yeux de Chimène © Ludovic MARIN / AFP

 

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