Plan social chez Nokia : Prends le crédit d’impôt-recherche et tire-toi !

L’équipementier de télécommunications vient d’annoncer son quatrième plan social en quatre ans. Les 1233 emplois supprimés le seront principalement dans la Recherche et Développement.

C’était le 15 avril 2015 : Nokia officialisait son offre de rachat d’Alcatel-Lucent après une réunion à l’Elysée entre le président de la République François Hollande, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron et les PDG des deux groupes. Le journal Le Parisien titrait : « Fusion Nokia-Alcatel-Lucent : les syndicats inquiets, Macron confiant. »

Après la désastreuse fusion en 2006 entre Alcatel et Lucent, cette fois, promis juré, c’était la bonne : un plus un ferait plus que deux. Emmanuel Macron se montrait très confiant (voir ici) : « Ce rapprochement doit faire naître un grand champion européen, à la fois des équipements et des technologies sur le téléphone mobile et le fixe avec le meilleur de la technologie de Nokia et d'Alcatel. (…) C'est aujourd'hui une nouvelle phase de la vie de l'entreprise qui s'ouvre, après le travail de redressement depuis deux ans, c'est la phase d'expansion, de reconquête qui se fait. » Et le ministre de poursuivre : « Ce qui est important pour nous, c'est que d'une part il n'y aura aucune destruction d'emplois en France, et même davantage. Nous avons eu tous les engagements de la part de Nokia. (…) Un centre d'excellence de recherche et développement sera en France développé. »

Cinq ans et trois plans sociaux plus tard, Nokia France ne compte plus que 3 640 salariés dans sa filiale Alcatel-Lucent International. Près de 900 postes y ont déjà été supprimés entre 2016 et 2019. Et Nokia vient aujourd’hui d’annoncer la suppression de 1233 postes supplémentaires, dont environ 1000 dans la recherche et développement (voir ici). Le porte-parole du groupe Nokia en France a en effet fait savoir que le groupe était totalement libéré de ses engagements depuis ce mois-ci (voir ici).

Lors de l’annonce du précédent plan social en février 2019, la CGT avait indiqué que Nokia avait perçu 344 millions d’euros au titre du crédit d’impôt recherche depuis la fusion en 2016 (voir ici). Cela représente un peu plus de 100 M€ par an, soit de quoi payer environ un millier d’ingénieurs. Un tiers des ingénieurs payés par le contribuable, ce n’était sans doute pas suffisant pour créer assez de « valeur pour les actionnaires » de Nokia.

Le ministère de l’Économie a fait savoir aujourd’hui que Nokia devait « améliorer très significativement » son plan (voir ici). Dans les jours qui viennent, nous allons donc observer les gesticulations habituelles de Bruno Le Maire qui va faire les gros yeux devant les caméras afin d’obtenir de Nokia quelques concessions cosmétiques qui auront été convenues à l’avance. Et puis, la direction de Nokia pourra faire ce qu'elle a prévu car la politique industrielle de M. Macron tient en un mot : laisser-faire.

 © F. Ginte © F. Ginte

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.