Pourrir la vie

« Changer la vie », c’était la promesse du Parti Socialiste dans les années 70. On sait ce qu’il en est advenu. Pourrir la vie, ce n’était évidemment pas le slogan du candidat Macron en 2017 mais c’est bien ce que fait méthodiquement le président de la République depuis quatre ans.

Pourrir la vie des salariés. Faciliter les licenciements de ceux qui ne comprennent pas que les entreprises doivent réduire le « coût du travail » pour être plus « compétitives » et qui refusent de baisser leur salaire dans le cadre d’un « accord de performance collective ».

Pourrir la vie des chômeurs. Traquer les demandeurs d’emploi pour s’assurer que ces « fainéants » font bien l’effort de « traverser la rue » plutôt que de vivre confortablement de leurs généreuses indemnités comme c’est leur tendance naturelle.

Pourrir la vie des retraités. Diminuer le pouvoir d’achat des retraités car il est anormal qu’ils échappent à la pauvreté. Repousser l’âge de départ à la retraite afin que les « seniors » puissent passer deux années de plus au chômage ou au RSA et réduire ainsi le montant de leur future pension.

Pourrir la vie des réfugiés. Harceler à Calais ou à la frontière italienne ceux qui n’ont pas péri en Méditerranée malgré tous les efforts de Frontex. Organiser des chasses à l’homme dans les rues de Paris. Poursuivre en justice les militants d’association qui leur viennent en aide. Envoyer la police chercher un gamin dans une salle de classe afin de l’expulser manu militari avec ses parents.

Pourrir la vie des pauvres. Fustiger ces « assistés » qui « coûtent un pognon de dingue » et qui vivent si bien du RSA. Dresser les moins pauvres contre les plus pauvres.

Pourrir la vie des immigrés. Soumettre ces délinquants potentiels à des contrôles permanents de la part de la police. Assurer l’impunité aux policiers qui commettent des actes violents envers eux.

Pourrir la vie des musulmans. Stigmatiser les femmes qui portent le voile lorsqu’elles accompagnent des enfants en sortie scolaire ou sur la photo d’une affiche électorale. Fustiger les youyous lors des mariages. Traquer ces terroristes en puissance dans les quartiers où ils habitent et dans les mosquées qu’ils fréquentent.

Pourrir la vie des fêtards. Provoquer une noyade en faisant charger la police en pleine nuit au bord d’un fleuve lors d’une fête de la musique ou une main arrachée par l’utilisation de grenades de désencerclement lors d’une rave party.

Pourrir la vie des manifestants. Gazer, nasser, matraquer, mutiler ou éborgner ceux que la « pédagogie » du gouvernement n’a pas convaincu que les « réformes structurelles » étaient faites pour leur bien.

Pourrir la vie des journalistes indépendants. Détruire leur matériel, les arrêter et les placer en garde à vue dès le début d’une manifestation, les matraquer pour qu’ils cessent de filmer les exactions de la police.

Pourrir la vie des personnels soignants. Ne pas leur avoir fourni de protection adéquate et les avoir contraints à travailler malgré les symptômes de Covid-19 au début de la pandémie.  Faire applaudir les « héros en blouse blanche » et « en même temps » continuer de réduire le nombre de lits. Prévoir de licencier ceux qui ne seront pas vaccinés d'ici le 15 septembre.

Pourrir la vie des universitaires. Faire en sorte que les chercheurs passent plus de temps à trouver des financements qu’à travailler sur leurs sujets de recherche. Organiser la chasse aux sorcières dans les sciences sociales « gangrénées » par l’islamo-gauchisme, le décolonialisme et l’intersectionnalité.

Pourrir la vie des non-vaccinés. Désigner les coupables de la quatrième vague de Covid-19 et dresser les vaccinés contre ceux qui ne sont pas (encore) vaccinés. Permettre de licencier ceux qui le ne seront pas d’ici la fin août.

Alors, pourrir la vie de tous, était-ce là le projeeeeeet de M. Macron ? Non, bien sûr. Seulement celle des « gens qui ne sont rien ». Pas celle des « gens qui réussissent ». Pas les actionnaires. Pas ceux qui fraudent le fisc. Pas les grandes fortunes. Pas les PDG qui « créent de la richesse ». Pas ceux qui ont financé la campagne du candidat Macron en 2017 et qui, très satisfaits du retour sur investissement, financeront la prochaine. Pas les intellectuels organiques du régime, McFly et Carlito. Et pas les « forces de l’ordre », « ceux qui le protègent » contre tous ceux dont il pourrit la vie.

 © Ström © Ström

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.