EHPAD : l'ahurissante propagande de La République En Marche !

Il paraît que Mme Buzyn a conscience de la situation très difficile de certains EHPAD. Si, si, c'est ma députée LaREM qui l'affirme !

Dans un message publié sur son compte Facebook le 15 mars dernier, ma députée LaREM écrivait :

"Le Ministère des Solidarités et de la Santé a conscience de la situation très difficile de certains EHPAD, à la fois pour les résidents et pour les personnels, dont la souffrance est un sujet majeur de préoccupation.
Face à cette situation, nous avions voté 160 millions d’euros dans le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale qui seront mobilisés en 2018, dont 50 M€ spécifiquement pour les EHPAD en difficulté financière."

Je ne sais quel est l'adjectif le plus approprié pour qualifier ce propos recyclant les éléments de langage de la propagande gouvernementale : ahurissant ? consternant ? indécent ? cynique ?

Commençons donc par rappeler qu'en juillet 2017, le gouvernement annonçait la suppression des emplois aidés, jugés "extrêmement couteux" par Mme Pénicaud. 12500 de ces emplois aidés concernaient les EHPAD, dont la situation de sous-effectif était alors connue de tous. Constatant l'impact catastrophique de cette mesure, le rapport de la mission "flash" sur les EHPAD de Mme Iborra préconisait dès septembre 2017 "la préservation des  contrats  aidés  dans  les  EHPAD souffrant déjà de sous-effectifs patents en 2017". Les préfets ont donc reçu la consigne de traiter les EHPAD en priorité pour l'allocation des emplois aidés maintenus, ce qui n'a pas empêché un certain nombre d'entre eux d'être supprimés.

Ajoutons que l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM) voté dans le cadre de la PLFSS 2018 prévoyait des mesures d’économies pour les établissements médico-sociaux (dont les EHPAD) de 250 millions d’euros en 2018.

Mais pour Mme Buzyn, ces considérations bassement matérielles étaient secondaires et la cause principale des difficultés dans les EHPAD était ailleurs : "Après avoir visité plusieurs EHPAD et avoir vu les différences managériales au sein des structures, j’ai pu constater que tout n’est pas qu’une question financière (…). Il y a des directeurs qui managent remarquablement leurs équipes (…). À l’inverse, dans certaines structures, notamment publiques, on sent que la capacité managériale n’est pas au rendez-vous." Ce "diagnostic" formulé avec tact en décembre 2017 avait immédiatement provoqué une vive réaction de la Fédération Hospitalière de France.

Il a fallu attendre l'annonce du mouvement de grève de janvier 2018 pour que Madame Buzyn se décide enfin à prendre de bien timides mesures budgétaires et annonce 50 millions d'euros supplémentaires en faveur des EHPAD en 2018. En réaction à cette annonce, la  Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (FNADEPA) déclarait dans un communiqué de presse : "Cela correspond à  80 euros par résident et par an, soit seulement 3h d’accompagnement de plus par résident cette année, bien loin des besoins."

Dans leur rapport d'information sur les EHPAD remis le 14 mars 2018, Mmes les Députées Iborra et Fiat formulent la proposition suivante : "Rendre opposable une norme minimale d’encadrement en personnel « au chevet » (aides-soignants et infirmiers) de 0,6 (soit 60 ETP pour 100 résidents), dans un délai de quatre ans maximum, ce qui revient à doubler le taux d’encadrement actuel." Ce ratio est fondé sur les travaux menés par la Fédération Hospitalière de France et le Syndicat national de gérontologie clinique (SNGC) en 2009, selon lesquels "0,6 soignant par résident permet d’assurer une toilette adaptée chaque jour, et un bain tous les 15 jours. Il permet aussi de suivre l’état cutané et d’assurer une prévention d’escarres, des soins de nursing journaliers et un habillage soucieux de l’image corporelle du résident."

Malgré sa "conscience de la situation très difficile dans les EHPAD", Madame Buzyn a immédiatement balayé cette proposition d'un revers de main, en affirmant que "ce ratio n'a aucun fondement théorique ou scientifique". Ce sont en effet les professionnels du secteur qui l'ont défini, comment pourrait-on leur faire confiance ? Ces ingrats n'ont à l'évidence pas compris que 50 millions d'euros, "c'est déjà énormément d'argent", comme l'affirmait la ministre en janvier. Et la baisse d'impôts de 5 milliards d'euros par an pour les plus fortunés (ISF et PFU), comment Mme Buzyn la qualifie-t-elle ? Et s'est-elle inquiétée de son "fondement théorique ou scientifique" ?

Tout ne va pourtant pas si mal dans les EHPAD. Si les résidents sont maltraités et si les personnels souffrent, les actionnaires des groupes privés opérant dans le secteur se portent fort bien et c'est bien là l'essentiel. Mme Buzyn ne manquera pas de nous expliquer que c'est grâce à la grande "capacité managériale" du secteur privé. A moins que cela provienne plus simplement du fait que les EHPAD privés bénéficient du CICE (*), contrairement aux EHPAD publics et ont donc des charges de personnel plus faibles que ces derniers... Rendement de 4,5%, risque de faillite quasiment nul et ... défiscalisation des investissements, comme l'indique cette présentation du Groupe Réside Etudes., tout va pour le mieux au royaume de "l'or gris".

CICE et placements défiscalisés pour les actionnaires, cela fait aussi "énormément d'argent" au seul bénéfice des EHPAD privés et au détriment du service public. Curieusement, Mme Buzyn est silencieuse sur ce point ; sans doute est-ce dû au "fondement théorique ou scientifique" de ces mesures.

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(*) Cela montre toute l'absurdité du CICE, ce dispositif ruineux pour les finances publiques conçu par le président Hollande et son conseiller économique de l'époque ... M. Macron. Ils nous expliquaient que l'objectif était d'améliorer la compétitivité des entreprises installées en France dans la compétition internationale. Y avait-il un danger que les EHPAD privés soient délocalisés en Roumanie ou en Chine ?

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