Allons chercher Macron

Lettre à la Députée LREM de ma circonscription

Répondant à mon interrogation sur son silence depuis la début du scandale Macron-Benalla, sa réponse fut qu'elle avait pour principe de ne jamais tirer de conclusion hâtive et qu'elle attendait d'avoir l'ensemble des éléments provenant des auditions de la commission d'enquête pour s'exprimer. Jusqu'à un tweet posté ce matin.

Ci-dessous le mail que je lui envoyé ce matin.

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Madame la Députée,

Après m'avoir affirmé à deux reprises que vous n'aviez pas l'intention de tirer de « conclusion hâtive » avant la fin des auditions de la commission d'enquête, vous vous êtes ce matin exprimée dans un tweet :

Notre Président rejette la République des fusibles et affirme « le seul responsable, c’est moi ! »
#Macron #CommissiondEnquête

Permettez-moi tout d'abord une rectification : ce n'est pas « notre Président » ; c'est assurément « le vôtre » puisque vous lui avez prêté allégeance, mais ce n'est certainement pas « le mien ». C'est le président de la République, et c'est déjà bien suffisant.

Votre tweet inclut le hashtag #CommissiondEnquête : faut-il en conclure que celles-ci ont déjà rendu leurs conclusions et qu'elles établissent que le seul responsable est le président de la République ? Cela m'a échappé. Ou bien avez-vous finalement décidé de tirer des conclusions sans plus attendre ? J'observe que beaucoup de députés LREM ont tweeté les mêmes propos hier soir et ce matin mais cela n'a bien entendu rien à voir avec des éléments de langage. C'est à nouveau une pure coïncidence, bien évidemment.

Les déclarations du président de la République appellent plusieurs commentaires ou questions :

- le président de la République dispose, en vertu du premier alinéa de l’article 67 de la Constitution, d’une irresponsabilité pour les actes résultant de l’exercice constitutionnel de son mandat (il « n’est pas responsable des actes pris en cette qualité »). Par conséquent, les propos de M. Macron n'ont strictement aucun sens du point de vue du droit constitutionnel. A moins qu'il n'estime que ses actes constituent un « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat », et dans ce cas il est passible de destitution par le Parlement constitué en Haute Cour (article 68). Bien que je puisse souscrire à cette qualification des actes de M. Macron, je doute que ce soit ce qu'il a voulu dire.

- dans quelle République vit-on, où le chef de l'Etat décide lui-même qui est responsable et qui ne l'est pas, alors qu'une enquête judiciaire est en cours et que deux commissions d'enquête parlementaires sont constituées ? Y-a-t-il encore une séparation des pouvoirs dans ce pays ? Ou bien, comme on l'observe chaque jour un peu plus, M. Macron considère-t-il que lui et lui seul décide et juge de tout ? « Le monde, chico, et tout ce qu'il y a dedans ».

- dans votre hâte à citer les propos de M. Macron, vous avez oublié un autre passage, et non des moindres : « S'ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu'ils viennent le chercher. Je réponds au peuple français.» Puisqu'il répond au peuple français, a-t-il l'intention de remettre son mandat en jeu, en démissionnant pour demander au peuple de lui renouveler sa confiance ? A-t-il l'intention de dissoudre l'Assemblée Nationale pour permettre au peuple de s'exprimer ? A-t-il l'intention de comparaître devant une des commissions d'enquête parlementaires pour s'expliquer ? La réponse est non, bien évidemment. Il ne que s'agit de propos bravaches prononcés avec un immense courage devant ses seuls courtisans lors d'une petite sauterie à la Maison de l'Amérique Latine. Ils n'ont pour seul objectif que de délégitimer les commissions d'enquête en cours, qui révèlent chaque jour un peu plus les turpitudes de la présidence de République et l'incompétence de ce ministre de l'Intérieur qui ne sait rien et dont vous êtes si proche.

- « Qu'ils viennent me chercher », lance-t-il enfin, comme un petit caïd qui veut épater ses comparses. Quel propos indigne et pitoyable de la part d'un chef de l’État ! Mais, après tout, pourquoi ne pas le prendre au mot ? L'une des dernières fois où le peuple est « allé cherché » un chef d’État, c'était lors des Trois Glorieuses de juillet 1830.

#AllonsChercherMacron.

Bien cordialement

 

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