Jean II le Bon, déjà En Marche à son époque

En 1367, une ordonnance royale obligea les chômeurs à réparer les fossés, sous peine d’être fouettés.

Dans son Histoire Populaire de la France (voir ici les bonnes feuilles dans le dernier numéro du Monde Diplomatique), l'historien Gérard Noiriel consacre un passage à la très grave crise économique qui a frappé la France au quatorzième siècle, au moment de la guerre de Cent Ans.

Elle entraîna une modification profonde de la représentation de la misère et de l'assistance aux miséreux, notamment dans les villes.

« La pauvreté cessa d’être perçue comme une affliction individuelle. Elle devint un fléau social et un délit. (...) Le refus de travailler fut présenté comme une offense faite à Dieu qu’un bon chrétien devait absolument réprimer. Dans toute l’Europe, les mesures se multiplièrent pour endiguer ce fléau. Les autorités invitèrent l’Église à ne plus faire l’aumône aux « gens sains de corps et de membres ». Ainsi naquit la police des pauvres. »

« En 1351, Jean II, dit « le Bon », prit la première ordonnance du royaume de France visant ceux qui « se tiennent oyseux par la ville de Paris ». Il interdit aux ouvriers de fréquenter les tavernes les jours ouvrables et de quitter leur atelier pour chercher un meilleur salaire. En 1367, une nouvelle ordonnance royale obligea les chômeurs à réparer les fossés, sous peine d’être fouettés. »

« Et se apres lesdits trois jours sont trouvez oyseux ou jouans aux dez ou mendiants, ilz seront prins et mis en prison et mis au pain et a l’eaue ; et ainsi tenuz par l’espace de quatre jours, et quand ilz auront esté delivrez de ladite prison, se ilz sont trouvez oyseux ou se ilz n’ont bien dont ilz puissent avoir leur vie, ou se ilz n’ont adveu de personnes souffisans, sans fraude a qui ilz facent besongnes ou qu’ilz servent, ilz seront mis au pilory et la tierce foiz ilz seront signez au front d’un fer chault et bannis desdits lieux.  »

Mutatis mutandis, ce détour historique n'est pas dénué d'intérêt pour apprécier la représentation de la pauvreté dans la "start-up" nation. Bien entendu, on ne fouette plus les "oyseux" ou les pauvres, et on ne les marque plus au fer rouge. Mais enfin, les violences policières sont monnaie courante dans certains quartiers, et comme par hasard la concentration de personnes pauvres y est beaucoup plus élevée qu'à Neuilly ou dans le VIIème arrondissement de Paris.

La stigmatisation des pauvres et des chômeurs s'exprime ouvertement : les "gens qui se sont rien", les "fainéants", ceux qui "foutent le bordel" plutôt que d'aller chercher du travail à 150 km de leur domicile, les gens qui "tombent pauvres" et coûtent un "pognon de dingue", ne sont certes plus "une offense faite à Dieu qu’un bon chrétien devait absolument réprimer", mais assurément une offense faite à la start-up nation qu'un premier de cordée se doit de flétrir.

Quant à la "police des pauvres", elle est toujours à l’œuvre et le monarque du moment a ordonné à dame Pénicaud de lui adjoindre une police des chômeurs, afin de remettre les "oyseux" dans le droit chemin.

Finalement, le prétendu "nouveau monde" présente quelques ressemblances avec le Moyen Age...

Entrée de Jean II le Bon à Paris après son sacre (Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, vers 1455-1460 (BNF, Fr.6 465, f.378v) Entrée de Jean II le Bon à Paris après son sacre (Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, vers 1455-1460 (BNF, Fr.6 465, f.378v)

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.